HORS D AVIGNON
Dell' etnpia Babilonia, ond' è fuggjta.
Refuge du mensonge, abîme de douleurs, Indigne Babylone à la honte asservie, Où le crime est caché sous de belles couleurs , J'ai fui loin de tes murs pour prolonger ma vie.
Ici je cueille seul, comme Amour m'y convie, Tantôt rimes et vers, tantôt brins d'herbe et fleurs. Cette douce habitude est du calme suivie; Mon esprit librement rêve à des temps meilleurs.
Le monde et ses plaisirs ne in intéressent guère ; Des biens de la fortune encor moins j'ai souci; Je hais de tout mon cœur ce qui plaît au vulgaire.
Je voudrais seulement deux personnes ici :
Que l'une vînt à moi, le regard adouci,
Et Vautre avec des pieds plus fermes que naguère.
Ce dernier vers désigne le cardinal Colonna, qui avait la goutte.
Pétrarque nous a laissé d Avignon de très-laides peintures au physique et au moral. Voici la description physique; je garde la description morale pour le commentaire des trois sonnets mis à l'index (CV, CVI et CVII) :
« J'habite une ville sale et bruyante, qui est comme la sentine et l'égout de toutes les ordures de ce monde. Tout y donne du dégoût et des nausées : c'est un assemblage de rues étroites et mal-propres, où l'on ne sauroit faire un pas sans trouver des cochons puants, des chiens enragés, des charriots qui étourdissent par leur fracas, des attelages de quatre chevaux qui barrent le passage, des mendiants défigurés qu'on ne peut voir sans horreur, des visages extraordinaires de tous les pays, des riches insolents, yvres de plaisirs et de débauches, une populace effrénée toujours en querelle. Est-il possible de jouir dans un pareil séjour de cette tranquillité si nécessaire aux muses? Pour moi, je ne puis m'y accoutumer. » (Mera., II, p. uo.J