‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 103 sur 155 · LE PETIT NUAGE · texte numérisé non relu

LE PETIT NUAGE

In me\\o di duo amanti onesta altéra.

Je vis belle et hautaine entre ses deux amants Une dame, et V Amour souriait auprès d'elle : Elle avait d'un côté — moi, V esclave fidèle, De Vautre — le soleil, le roi des éléments.

Quand elle se sentit dans ses rayons charmants, Heureuse de jouir d'un éclat sans modèle , Elle tourna sur moi, plus prompts que l'hirondelle, Ses regards imprégnés des plus doux sentiments.

Aussitôt à la joie, à V allégresse intime Fit place heureusement la crainte légitime Que m'avait inspirée un si grand ennemi.

Quant à lui, n'osant plus montrer sa face altière, D'un vaporeux nuage il la couvrit entière; Sa défaite apparut sur son disque blêmi.

IQO

« Après avoir pleuré pendant quelques jours [le roi Robert], Pétrarque, dit l'abbé de Sade, revint à Avignon, où il est certain qu'il passa la plus grande partie de l'hiver de cette année (1 343), faisant seulement de temps en temps de petits voyages à Vaucluse.

« Un jour qu'il avait formé le projet d'y aller, il vit Laure dans un endroit, où se trouvant tout à coup surprise par les rayons du soleil, elle se tourna du côté où étoit Pétrarque pour les éviter. Dans le même instant parut un nuage qui éclipsa le soleil. Il n'en falloit pas tant pour échauffer la veine de Pétrarque : il ne fut pas plus tôt arrivé à Vaucluse, qu'il y fit ce sonnet où, suivant l'usage des poètes, il donne à un événement naturel et tout simple une tournure bien avantageuse pour lui. » (Mera., II, p. 85.) *

En citant le sonnet à Phyllis d'Eustachio Manfredi (commentaire du sonnet XXXIV), j'ai dit que c'était le nec plus ultra du genre madrigal. J'ai peut-être eu tort; la galanterie de celui-ci n'est guère moins hyperbolique.

Page 1