‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 105 sur 155 · LE ROCHER DE VAUCLUSE · texte numérisé non relu

LE ROCHER DE VAUCLUSE

Se 7 sasso ond' è più chiusa questa valle.

Si le rocher qui clôt ce vallon retiré

FA qui donne son nom à ce lieu solitaire

Vers Rome allait soudain tourner sa face austère,

Mes soupirs iraient mieux vers le but désiré.

Oui. les souhaits ardents de mon cœur déchiré Arriveraient sans peine où j'aime avec mystère., Pourtant nul ne s égare : un souffle de la terre Par un détour les porte au rivage admiré.

Là, sans doute pour eux les rigueurs s'affaiblissent, Même avec bienveillance on les doit recevoir, Puisque sans revenir de mes lèvres ils glissent.

Laure donc jusqu'ici me tient en son pouvoir ;

Car, sitôt qu'il fait jour, mes yeux voudraient revoir

Le fleuve et la cité que les siens embellissent.

PENDANT LA VIF DE EAURE. 2û3

Pétrarque nous a dit lui-même en prose , sonnet XXVIII, ce qu'était le vallon de Vaucluse. Il va nous dire ici comment il y vivait. Je regrette d'être obligé de couper son récit.

« Ici je fais la guerre à mes sens, et je les traite comme mes ennemis... La seule femme qui s'offre à mes regards est une servante noire, sèche et brûlée comme les déserts de la Lybie... Je n'entends ici que des bœufs qui mugissent, des moutons qui bêlent, des oiseaux qui gazouillent, et des eaux qui murmurent. Je garde le silence depuis le matin jusqu'au soir, n'ayant personne à qui parler... Je me contente souvent du pain noir de mon valet, et je le mange même avec une sorte de plaisir... Mon valet, qui est un homme de fer, me reproche quelquefois la vie trop dure que je mène^, et m'assure que je ne pourrai pas la soutenir longtemps. Pour moi je pense au contraire qu'il est plus facile de s'accoutumer à une nourriture grossière qu'à des mets délicats et recherchés : des figues, des raisins, des noix, des amandes, voilà mes délices... Je ne parle pas de mes habits : tout est changé ! Vous me prendriez pour un laboureur ou un berger. Ma maison ressemble à celle de Fabrice ou de Caton. Tout mon domestique consiste en un chien et un valet... » (Afem., I, p. 346.)

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