QUATRIÈME SERIE
onnets de 1343 à 1 346. — Au retour de son troisième voyage à Rome et de sa mission à Naples, Pétrarque s'arrête à Parme, de la fin de décembre 1343 au 23 février J344. Ce jour-là il part au coucher du soleil, tombe à minuit dans une embuscade de voleurs, fait une chute de cheval en leur échappant et poursuit néanmoins sa route. A Bologne, il prend quelque repos, et, arrivé en Provence, il achève l'année 1344 soit à Avignon soit à Vaucluse. Au printemps de 1345, décidé à s'établir en Italie, malgré les remontrances du cardinal Colonna, il se rend à Parme, et de là va conduire à Vérone son fils Jean, âgé de huit ans, dont il confie l'éducation à son ami Renaud de Villefranche. Pressé par le cardinal et son ami Socrate (Louis de Bois-le-Duc), il renonce à l'Italie et rentre dans la ville pontificale à la fin de l'année. Il passe à Vaucluse la belle saison de 1346, tout occupé à faire la guerre aux nymphes de la Sorgue qui lui avaient pris son jardin.
Pendant le séjour qu'il fit à Parme en 1 344, il fut frappé de l'état de guerre dans lequel se trouvait toute l'Italie et surtout des ravages que commettaient les troupes allemandes, laissées par l'empereur Louis de Bavière et le roi Jean de Bohême. C'est pour engager les seigneurs italiens à ne plus s'égorger les uns les autres et à ne plus enrôler ces barbares, qu'il écrivit sa belle canzone Italia mia.
L'abbé de Sade rapporte à la même année la composition des gracieuses canzone XIII et XIV, destinées à célébrer les lieux et la fontaine qui plaisaient à Laure. Il commente la seconde d'une manière intéressante :
« Pétrarque, dit-il, en conçut l'idée un jour qu'il
LES SONNETS DE PETRARQ1 l . 20L)
étoit allé se promener dans un lieu charmant près d'Avignon, où il voyoit souvent Laure. Ilyavoit une fontaine où cette beauté se baignoit quelquefois dans les grandes chaleurs; un gazon fleuri dont l'eau entretenoit la verdure, sur lequel elle s'asseyoit; des arbres à l'ombre desquels elle prenoit le Irais, et qui lui servoient d'appui; des fleurs qu'elle se plaisoit à cueillir, pour en orner sa chevelure et son sein. Il n'en falloit pas tant pour que cette situation parût délicieuse à Pétrarque. Il y alloit presque tous les jours quand il étoit à Avignon, dans l'espérance d'y voir Laure; et quand il ne la trouvoit pas, la seule vue de cette fontaine, de ces arbres, de ces fleurs, lui rappeloit mille petites anecdotes qui tenoient son âme dans une espèce d'enchantement et d'yvresse, à laquelle il s'abandonnoit avec; une douceur infinie.
« Un jour qu'il ne trouva pas l'objet qui l'y attiroit, l'idée de la mort s'étant présentée à lui, je ne sais pourquoi, il désira que son corps fût déposé dans ce lieu charmant, se flattant que quand Laure viendroit s'y promener, suivant son usage, elle ne pourroit voir ses cendres sans donner quelque marque de pitié et d'attendrissement. » [Mém., II, p. 207.) — V. la canzone XIV en regard des sonnets CCV et CC VI.)
L'abbé de Sade explique dans une note que la fontaine chantée par Pétrarque n'est pas celle de Vaucluse, comme on l'a cru généralement; il pense que c'est celle de la Triade, près d'Avignon.
C'est en 1343 que naquit, selon toute apparence, la fille de Pétrarque, dont il a été question à la note préliminaire de la 2e série. (V. Mém., II, p. 139.)