DANS LA DIX-SEPTIÈME ANNÉE DE SA PASSION
Dicssett' anni ha già rivolto il cielo.
Depuis que cet amour me brûle au fond de Famé, Dix-sept fois le printemps a ramené les fleurs; Mais quand je réfléchis à mes longues douleurs. Je me sens tout de glace au milieu de ma flamme.
Le proverbe dit vrai, tout haut je le proclame, Que les traits changent moins de forme et de couleurs Que le cœur ne s'amende avec l'âge et les pleurs. < Notre lourde enveloppe embarrasse la lame.
Hélas ! hélas! quand donc arriver ai-je au port? Quand serai-je affranchi dé V amour eux transport Et des pièges cruels que le petit dieu dresse?
Quand viendra Vheureuxjour où, les sens apaisés, Je verrai les beaux yeux sans penser aux baisers. Sans qu'un impur désir se mêle à ma tendresse?
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Le sonnet italien ne parle ni de baisers ni d'impur désir. Ma traduction est plus explicite que le texte ; mais au fond, c'est la même pensée. Pétrarque attend avec impatience que la fuite des années amène ce jour où il sortira du feu et de si grandes douleurs. Verra-t-il jamais le jour où, autant qu'il le désire et sans inconvénient, e quanto si convene, ses yeux pourront jouir du doux aspect du charmant visage?
Ce sonnet prouverait que l'amour de Pétrarque, chaste et pur en ce sens qu'il n'a pas été satisfait, n'était pas exempt de désirs sensuels et que ces désirs ont presque duré autant que Laure a vécu. Mais cette preuve n'est pas nécessaire. Dans ses Dialogues, qui sont à peu près du même temps, Pétrarque, pressé par les questions adroites de saint Augustin, est obligé d'avouer qu'il a aimé le corps avec l'âme : animant cum cor-pore amavi. Le même sentiment se trahit dans plusieurs autres sonnets. Nous l'avons vu, au sonnet LVIII, désirer ce que Pygmalion obtenait de Galathée. « Tout le monde, dit l'abbé de Sade, sçait ce qui se passoit entre Pygmalion et sa statue. »
Est-ce à dire que Pétrarque ne fut pas sincère? Non. If était réellement et chastement épris. Mais l'amour platonique est contre nature ; il faut être indulgent pour les désirs sensuels.