‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 110 sur 155 · LA SEPARATION · texte numérisé non relu

LA SEPARATION

Quel vago impallidir, che 7 dolce riso.

La pâleur qui passa sur ses traits gracieux, Comme pour adoucir leur fraîcheur ravissante, S'est offerte à mon cœur de façon si décente Que celui-ci trembla d'émoi délicieux.

C'est alors que j'ai su comme on se voit aux deux, Et que f ai deviné, sans que nul le pressente, Que son âme à la mienne était compatissante ; Ce que f ai vu valait un aveu précieux.

D'une autre gente dame ayant désir de plaire Vangélique douceur ne serait que colère Auprès de sa bonté qui parut à demi.

Son humide resrard incliné vers la terre

Me disait ces doux mots qu'elle croyait me taire: « Pourquoi t'éloignes-tu, toi, mon fidèle ami? »

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« Toutes les représentations du cardinal, les instances des amis de Pétrarque, rien ne put le faire changer de résolution [sur son départ pour l'Italie] . Il alla prendre congé de Laure : comme elle ignoroit le sujet de cette visite, elle le reçut d'abord d'un air riant ; mais quand il lui eut annoncé le voyage qu'il alloit faire, elle changea de couleur, devint pâle, jeta les yeux à terre et garda le silence. Pétrarque fit un sonnet sur cet adieu, dans lequel il interprète cette pâleur et ce silence d'une façon bien favorable pour lui.

« Il faut se défier des interprétations qu'un poète amoureux donne à l'air, à la couleur, aux gestes, au silence de sa maîtresse; mais je pense qu'on ne peut reprocher à Pétrarque de s'être trop flatté dans cette occasion. Comme le bruit s'étoit répandu qu'il allait s'établir pour toujours en Italie, il est tout simple que Laure regrettât très-vivement la perte d'un amant de cette espèce, qui lui faisoit tant d'honneur, et à si peu de frais, puisqu'elle réprimoit toutes les saillies de son amour par le seul mouvement de ses yeux. » (Mém. pour la vie de Pétrarque [par l'abbé de Sade], II, p. 222.)

Le premier quatrain et le second tercet rappellent deux vers de l'Art d'aimer d'Ovide:

Palleat omnis amans : hic est color aptus amanti... Saepe tacens vocem verbaque vultus habet.

2l6 LES SONNETS DE PETRARQUE

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