PETRARQUE. XXIII
le fixer de préférence en Italie. Il trouva un autre Vaucluse à Selvapiana, et comme il avait chanté sur les bords de la Sorgue les sonnets in vita di Madonna Laura, il chanta dans cette nouvelle retraite les sonnets in morte, où son amour s'idéalise chaque jour davantage.
« Ce n'est pas à dire que Vaucluse fut oublié : il y avait laissé les deux choses les plus chères à son cœur, ses souvenirs et ses livres. Aussi y revint-il souvent, et quand ses hauts protecteurs voulaient l'en arracher: « Je suis heureux, leur répondait-il du fond de sa soli- « tude; si j'ai peu de biens, j'ai encore moins de dé- « sirs; avec des passions je serais toujours pauvre, je « me trouve suffisamment riche, et ne tiens pas à le « paraître davantage. La santé, mes livres, mes amis, « une médiocrité abondante, voilà ma fortune; je n'en « poursuis pas d'autre. »
« Ainsi pensait ce vrai sage, à qui l'ambition seule manqua pour atteindre les dignités les plus hautes, mais qui se disait que rien n'aurait pu compenser la perte de sa liberté.
« Il traversa, en i353, la Provence entière, pour se rendre de Vaucluse à Montrieux, où son frère Gérard avait embrassé la vie monastique. Ce séjour parmi nous devait être le dernier.
« A partir en effet de ce moment, Pétrarque, attiré, puis retenu par les Visconti, se fixa dans la Haute- Italie. Ces princes l'envoyèrent, cette même année, auprès de l'Empereur, pour lui offrir la couronne de fer, qu'il accepta, et, en i36o, auprès de Jean, roi de France. Mais, à ces honneurs, il préférait le doux commerce de ses livres, et, à Milan comme à Garignano, à Padoue comme à Arqua, les lettres furent la joie de cette dernière période de sa vie.
« Il garda jusqu'au dernier jour l'espoir de revoir Vaucluse, et quand la mort vint le surprendre, ses dernières volontés témoignèrent une fois de plus de