LOIN DE LAURE ET MALHEUREUX, L ENVIE LE POURSUIT ENCORE
Foi clic 7 cammin m' è chiuso di mcrcede.
Puisque le bon chemin de merci m'est fermé. J'ai pris du désespoir la route ténébreuse, Et j'emporte avec moi la crainte douloureuse De perdre le prix dû pour avoir tant aimé.
De soupirs et de pleurs vit mon cœur alarmé; Pour moi la loi du sort se montre rigoureuse; Cependant je m'abstiens de plainte langoureuse : Aux larmes on finit par être accoutumé.
Une image du moins me reste, — image telle Que n'en firent jamais Zeuxis ni Praxitèle: C'est l'œuvre d'un génie encor plus élevé.
Mais en quelle Scythie, en quelle Numidie Puis-je cacher mes maux et fuir la perfidie? Même en ce lieu désert les méchants m'ont trouvé.
l'I \l>\\ I I. \ Nil. DE LAURE. 2 K)
Je n'ai pu découvrir dans quelle circonstance Pétrarque se plaint ici des poursuites de l'envie. Mais on comprend qu'il ait eu à s'en plaindre. La supériorité de son génie et la franchise de son caractère durent lui susciter des envieux et des ennemis. Honoré de l'estime et de l'affection des grands, il n'était pas courtisan dans le sens ordinaire de ce mot. L'amour du bien public l'emportait chez lui sur toute considération. Il n'épargnait la vérité à personne, pas même aux papes, pas même à ses meilleurs amis. Nous verrons tout à l'heure comme il traitait la cour pontificale. Et voici ce qu'il écrivait a Rienzi, lorsque l'illustre tribun tournait au dictateur ridicule : « Seul de notre siècle, vous étiez parvenu au sommet de la vertu et de la gloire. La chute en seroit terrible; tenez-vous ferme... Je faisois une ode à votre louange ; ne m'obligez pas à faire une satire à sa place... Vous me forcez à vous dire ce que Cicéron disoit à Brutus : je rougis de vous. Vous étiez le protecteur et l'appui des gens de bien ; vous allez devenir un chef de brigands. Quel changement subit et imprévu! » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 405.)
A JACOPO DA LENTINO, QUI LUI DEMANDAIT LE MOYEN- DE FLÉCHIR LA CRUAUTÉ DE SA DAME.
Io canterei d'amor si novamentc.
Je chanterais d'amour d'une façon si tendre Que son cœur inhumain serait bientôt brûfant, Et que mille soupirs en un jour s'exhalant Diraientmieux que lesmots ce qu'il est doux d'entendre.
Et je verrais sa main vers la mienne se tendre Et son visage ému de larmes ruisselant. Elle ressemblerait au coupable tremblant Qui demande sa grâce et n'ose pas l'attendre.
Les roses de son teint se couvriraient de lis, Et peut-être l'aspect de charmes affaiblis Refroidirait l'ardeur de mon âme éperdue.
Mais cette passion qui changerait ses traits, De l'arrière-saison leur donnant les attraits, Me consolerait bien de leur fraîcheur perdue.
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Ce Jacopo s'adressait assez mal en demandant conseil à Pétrarque, qui soupirait sans succès depuis dix-sept ans. 11 aurait mieux fait de consulter YArt d'aimer d'Ovide. Là, il aurait trouvé d'excellentes leçons, que Gentil-Bernard a gracieusement imitées :
Toi, dont l'amour augmentera les charmes. Qu'un peu d'audace accompagne tes armes ! Lance tes traits, frappe, et sois convaincu Qu'on peut tout vaincre, et tout sera vaincu. La plus rebelle est souvent la plus tendre. Telle qui feint, et qui languit d'attendre. D'un feu couvert brûlant au fond du cœur, Combat d'un air qui demande un vainqueur...
De ce gazon la fraîcheur vous attire ; J'y vois la place où va tomber Delphire. Achève, éprouve un moment de courroux, Meurs à ses pieds, embrasse ses genoux. Baigne de pleurs cette main qu'elle oublie; Elle rougit ; c'est sa fierté qui plie. Elle se tait, l'amour parle ; crois-moi, Presse, ose tout, et Delphire est à toi