REFLEXIONS SUR LES EFFETS CONTRADICTOIRES DE L'AMOUR
S'amor non è, che dunque è quel ch' C sento?
Si ce rf est pas V amour, qu'est-ce donc que je sens? Si c'est V amour, pour Dieu ! quel étrange mystère! Si c'est un bien, d'où vient cet effet délétère? Si c'est un mal, pourquoi ce trouble heureux des sens?
Si je brûle à mon gré, ces pleurs n'ont pas de sens. A quoi sert de gémir, si c'est involontaire ? Délicieux tourment! vie et mort ! ciel et terre! Je ne sais quel démon me torture en tous sens.
A tort je suis joyeux, à tort je me lamente. Tantôt par le beau temps, tantôt par la tourmente, Sans gouvernail je vogue avec anxiété.
Je suis chargé d'erreurs et léger de science. J'attends avec espoir, et je perds patience. Je suis de feu l'hiver et de glace l'été.
PENDANT LA VIE DE LAI Kl .
Ce sonnet a inspire à Benoît Varchi, académicien de Florence, une dissertation qu'il composa en e 553 et dont l'abbé de Sade présente une assez longue analyse dans sa note XXI. En voici quelques extraits :
« Varchi distingue trois espèces d'amour ou de manières d'aimer. On peut aimer l'âme sans le corps. c'est ce qu'il appelle l'amour céleste : le corps sans L'âme, c'est l'amour brutal : l'àme et le corps ensemble, c'est l'amour ordinaire. Il prétend que Pétrarque a brûlé pour Laure de l'amour céleste et de l'amour ordinaire. Il ne lui refuse que cet amour grossier, qui. se concentrant dans le corps, ne tient aucun compte de l'âme. Pour moi, je suis persuadé qu'il est impossible à l'homme d'aimer le corps sans aucun rapport à
1» * ame...
« Il subdivise l'amour ordinaire en trois espèces : On aime l'âme plus que le corps, c'est l'amour honnête; le corps plus que l'âme, c'est l'amour vulgaire; l'àme et le corps également, c'est l'amour civil. Il soutient que Pétrarque a aimé Laure de ces trois espèces d'amour, » et, d'après l'abbé de Sade, il prend mal à propos la peine de le prouver, attendu que l'amour change habituellement de caractère, suivant les circonstances. (Mera., II, p. 77 et 79 des notes/