COURAGE ET CRAINTE
Amor, che nel pensier mio vive e regno.
Amour ) qui vit et règne en ma pensée ardente, Qui se tient en mon cœur d'ordinaire enfermé. Sur mon front quelquefois se montre tout armé $ Il s'y fixe et prépare une attaque imprudente.
Celle de qui mon âme est encor dépendante, Qui veut que le désir, que V espoir enflammé Soit par l'humble respect sagement réprimé, Accueille avec courroux notre audace évidente.
Aussi par peur Amour s'enfuit-il vers mon cœur, Et, pleurant de dépit de n'être pas vainqueur, Il sy cache et renonce à sa plus chère envie.
Que faire, moi qui crains ses retours valeureux, Sinon d'être avec lui jusqu'au trépas heureux >} Car mourir en aimant c'est bien finir la vie.
« Qu'on se rappelle l'état de Laure, lorsque Pétrarque, partant pour aller s'établir en Italie, alla lui faire les derniers adieux (sonnet XCVIII), on jugera de la joie qu'elle ressentit lorsqu'elle revit cet ami fidèle qu'elle craignoit d'avoir perdu pour toujours. Elle se gardait bien de lui découvrir tout ce qui se passoit dans son âme. L'ardeur de Pétrarque, toujours prête à franchir les bornes qu'elle lui avoit prescrites, exigeoit ces ménagements et ces mystères. Mais il est certain qu'elle le traita mieux qu'à l'ordinaire, et qu'elle mit moins de sévérité dans ses regards.
« Pétrarque n'eut pas plutôt aperçu ce changement dans la conduite de Laure, qu'il devint à son ordinaire plus hardi et plus confiant. Cette hardiesse déplaisoit toujours à Laure. Elle fut obligée de reprendre plu- sieurs fois cet air sévère qui faisoit rentrer Pétrarque dans les bornes, où elle vouloit qu'il se tînt renfermé.
« C'est le sujet de plusieurs sonnets qui disent tous à peu près la même chose. » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 253.)
te-££.
GX