‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 118 sur 155 · IL SE COMPARE ENCORE AU PAPILLON · texte numérisé non relu

IL SE COMPARE ENCORE AU PAPILLON

Corne talora al caldo tempo sole.

Comme parfois on voit, dans le temps des chaleurs, Le papillon, qu'attire une ardente prunelle, Entre les cils surpris embarrasser son aile Et bientôt succomber en provoquant les pleurs ;

Ainsi je cours sans cesse au-devant des douleurs, Vers les yeux dont je crains la rigueur éternelle-, La raison parle en vain d'une voix maternelle-, Je pense de V amour ne cueillir que les fleurs.

Et je vois à quel point ces yeux me sont hostiles. Je sais que j'en ynourrai, las d'efforts inutiles, Puisqu'à mes bons désirs l'erreur ne cède pas.

Mais Amour m'éblouit si bien avec adresse Que sur autrui je pleure et non sur ma détresse: Et mon âme aveuglée adhère à mon trépas.

Pétrarque s'est déjà comparé au papillon (V. sonnet XVII); avant lui les troubadours avaient usé de la même image. Folquet de Marseille avait dit qu'un regard doux et perfide attire et entraîne un fol amant comme le papillon, qui est de si folle nature qu'il se jette au feu, séduit par l'éclat de la lumière :

Co'l parpailhos qu'a tan folla natura Que s' fer cl foc per la clardalz que lutz.

Cette comparaison est au nombre des passages cités par M. Gidel (Les Troubadours et Pétrarque) et par M. Eugène Baret (Les Troubadours et leur influence sur la littérature du midi de V Europe) pour signaler Pétrarque comme un imitateur des poètes provençaux. Cette imitation paraît toute naturelle à qui sait en quel * lieu et à quelle époque a vécu Pétrarque ; et le Triomphe d'Amour, dans lequel il nomme plusieurs troubadours, montre clairement qu'il avait étudié ces poètes et subi leur influence.

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