A UNE COMPAGNE DE LAURE
Qtiand' io v' odo parlar si dolcemente.
Quand parle votre voix douce et compatissante Avec V accent qu Amour prête à ses partisans, Mon vif désir flamboie ainsi qu'aux premiers ans, Et pourrait ranimer une âme languissante.
Alors la belle dame est en tous lieux présente Où ses yeux m'ont souffert parmi ses courtisans ; Elle a ce fier maintien et ces airs complaisants Dont j'ai trop éprouvé la vertu séduisante.
Retournée en arrière elle dispute au vent Ses longs cheveux : ainsi je la vois en rêvant, Et la clef de mon cœur reste en sa main charmante .
Mais l'extrême plaisir m'empêche de parler ; A peine mes soupirs peuvent -ils s'exhaler Pour trahir comme en moi la passion fermente.
« Laure avoit une amie belle et sage qui étoit dans les intérêts de Pétrarque, autant que la vertu et l'honneur pouvoient le lui permettre. Elle vouloit qu'il fût aimé ; mais d'une amitié pure et honnête. Quand elle le voyoit rebuté et prêt à se livrer au désespoir, elle lencourageoit et ranimoit sa confiance ; mais elle le retenoit aussi, quand elle le voyoit prendre le mors aux dents, et prêt à franchir les bornes qui lui étoient prescrites.
« D'un autre côté, elle faisoit tout ce qu'elle pouvoit pour engager Laure à traiter Pétrarque avec moins de rigueur. Un jour qu'elle lui rappeloit toutes les preuves d'amour que Laure lui avoit données : Incrédule, lui disoit-elle, pouve^-vous en douter après tant de preuves? Pétrarque lui répondit par ce sonnet. »« (Me'm., II, p. 276.)
L'abbé de Sade croit que cette dame est celle qui parlait de Pétrarque à Laure pendant la maladie dont elle mourut. Voir l'intéressant récit des pressentiments de Pétrarque, sonnet CCXX et suivants.