LA CONSTANCE INVINCIBLE
Ponmi ove 7 sol occide ijîori e V çrba.
Qu'on me porte où l'été brûle l'herbe et la plante Comme au pays lointain de l'hiver incessant, Aux lieux où le soleil à l'horizon descend Comme au point de départ de sa course brillante.
Que j'habite le chaume ou la ville opulente, Dans un climat brumeux ou dans V air caressant, Dans la saison des fruits ou du bourgeon naissant, Au temps des plus longs jours ou quand la nuit est lente.
Mettez-moi dans le ciel ou dans l'abîme affreux, Sur le sommet des monts ou dans un vallon creux ; Appelez-moi d'un nom simple ou des plus illustres.
Que mon esprit soit libre ou l'esclave du corps. J'exhalerai toujours dans mes plaintifs accords Les soupirs dont mon cœur s'emplit depuis trois lustres.
Le sonnet CXIII a été imité par Philippe Desportes. Voici ses vers, au risque de faire tort aux miens. Si, au premier aspect, la comparaison est à son avantage, que l'on veuille bien tenir compte de la différence de nos procédés : j'ai suivi le texte de près, tandis qu'il s'est donné beaucoup de liberté.
Mettez-moy sur la mer, quand elle est courroucée, Ou quand les vents légers soufflent plus doucement, Sur les eaux, en la terre, au haut du firmament, Vers la ceinture ardente ou devers la glacée.
Que ma fortune soit de çà de là poussée, Bien haute aucunesfois, quelquesfois bassement : Que mon nom glorieux vive éternellement, Ou que du temps vainqueur soit ma gloire effacée.
Jeune ou vieil, près ou loin, content ou malheureux Que j'aye amour propice, ou fier et rigoureux, Que mon àme aux enfers ou aux cieux s'achemine.
Jamais en mon esprit tant que seray vivant, On ne verra sécher cette plante divine Que des eaux de mes pleurs j'arrose si souvent.
(Amours d'Hippolyle, sonn. XXV.) Pétrarque a imité Horace (Ode XXII, liv. I) :
Pone me, pigris ubi nulla campis Arbor œstiva recreatur aura : Quod latus mundi, nebulœ, malusque Jupiter urget.
Pone sub curru nimium propinqui Solis, in terra domibus negata :
Dulce riientem Lalagen amabo, Dulce loquentem.