VICISSITUDE AMOUREUSE
Quando 7 voler che con duo sproni ardcnti.
En vain le vif désir, qui me pousse et refrène Avec l'éperon dur, avec le mors puissant , Veut parfois se montrer doux et compatissant Et rendre à mes esprits la paix qui rassérène.
Il comprend que la peur, lorsqu'un effort m'entraîne. Retient mes faibles pas sur le terrain glissant $ Et, prêt à me punir, il voit Amour lançant La foudre dans lesyeux de ma gentille reine.
Comme celui qui craint Jupiter irrité,
Alors il rétrograde avec timidité;
Car la grande frayeur éteint la grande envie.
Mais Vespoir qui succombe au milieu des regrets Reprend soudain sa force et ses charmes secrets, Si Laure d'un regard me rappelle à la vie.
« Tout cela est bien subtil, dit M. Mézières, a propos de sonnets analogues. Mais Pétrarque avait beaucoup d'esprit. S'il arrive souvent qu'un homme d'esprit, lorsqu'il devient amoureux, aime aussi simplement et aussi naïvement que l'homme le moins spirituel, il est rare néanmoins, que tout en étant très-touché, il ne mette pas dans sa passion quelque chose de son esprit. On sait aussi que, s'il n'y a pas de sentiment plus naturel que l'amour, il n'y en a pas dont le langage soit plus conventionnel et change plus avec les temps. Le besoin qu'éprouvent presque toujours les amants de cacher leur liaison aux yeux du monde, introduit nécessairement dans la langue amoureuse plus d'un terme mystérieux. Les femmes dont il faut bien en amour subir le goût, y ajoutent, avec leur engouement ordinaire pour la nouveauté, des expressions qu'elles mettent à la mode, mais dont la fraîcheur ne dure guère plus de temps que la génération qui les adopte. Quelle curieuse histoire ne ferait-on pas chez nous, par exemple, des vicissitudes de la langue amoureuse, depuis les romans d'aventures de nos trouvères, jusqu'à ceux de nos jours, en passant par le ton des précieuses, par le marivaudage, par la sentimentalité déclamatoire du dernier siècle, pour arriver au jargon mêlé de réalisme et de mysticisme que parlent trop souvent nos romanciers? » {Pétrarque, étude, p. 46.)
NULLE PART IL N'EST MIEUX POUR CHAiNTER QU*A L'OMBRE DU LAURIER, SUR LES BORDS DE LA SORGUE.
Non Tesin, Po, Varo, Arno, Adige e Tebro.
Ni le Tibre arrosant le sol saint et guerrier, Ni le Tésin, le Pô, V Adige et la Durance, Ni VArno caressant les palais de Florence, Ni le Rhône à la mer courant se marier $
Ni lierre, pin, sapin, hêtre ou genévrier N'apaiseraient mon cœur brûlant sans espérance, Comme ce beau ruisseau qui connaît ma souffrance , Comme les rameaux verts du bien-aimé laurier.
C'est près d'eux que je trouve un peu de quiétude . Et qu'en m' abandonnant aux douceurs de l'étude. Je puis mieux de V amour éviter les réseaux.
Qu'il croisse donc en paix pour enrichir la rive, Cet arbre au nom magique, et que ma muse écrive D'heureux chants sous son ombre, au murmure des eaux i
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Le texte italien nomme vingt-trois cours d'eau et cinq arbres. J'ai supprimé seize fleuves ou rivières, et ai gardé les cinq arbres. L'abbé de Sade a été plus radical dans sa traduction que voici :
Bel arbre que mes mains ont tait croître en ces lieux! Ruisseau qui, par votre murmure, Accompagnez mes soupirs amoureux !
Vous seuls, dans toute la nature.
Tempérez l'ardeur de mes feux.
Croissez, charmant laurier, croissez sur ce rivage. Elevez jusqu'au ciel vos rameaux toujours verts. Au bord de ce ruisseau, sous votre doux ombrage, Je chanterai toujours la beauté que je sers.
« Je ne crains pas, ajoute l'abbé de Sade, qu'on me reproche d'avoir supprimé dans ma traduction cette longue énumération de fleuves et d'arbres qu'on trouve dans le sonnet : elle n'est pas supportable. Les Italiens en conviennent eux-mêmes ; c'est tout simple. » (Mém.y I, p. 182.)