‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 124 sur 155 · IL N OSE CROIRE QU IL EST AIME · texte numérisé non relu

IL N OSE CROIRE QU IL EST AIME

Chef ai, aima ? che pensi? avrem mai pace?

— Que penses-tu . mon âme? aurons-nous quelque trêve? Ou faudra-t-il toujours être en guerre et souci?

— Je ne sais si de Laure on peut avoir merci, Mais ses beaux y eux sont secs quand le chagrin nous grèvt

— Pourquoi nous glacent-ils lorsque brûle la grève? Pourquoi nous brûlent-ils lorsque tout est transi?

— C'est moins elle qu'Amour qui les gouverne ainsi.

— Qu'importe l elle voit bien qu'il détruit mon doux rêve.

— Parfois se tait la langue et parle haut le cœur: Avec les traits joyeux, avec un air moqueur On peut tout en aimant feindre l'indifférence.

— Puisses-tu dire vrai! Dieu veuille f écouter! Mais j'ai souffert, je souffre, et je puis bien douter : Les malheureux n'ont pas une grande espérance.

Dans la ballade VI qui précède ce sonnet, Pétrarque constate de meilleures dispositions de la part de Laure. « Avec le temps, dit-il, me deviennent moins cruels l'angélique figure et le doux sourire; et l'air du beau visage et des yeux charmants s'obscurcit moins à mes regards. » La guerre cependant ne lui paraît pas encore finie ; son cœur n'est pas encore dans un état de parfaite tranquillité.

Le sonnet exprime la même situation que la ballade.

« Dans le fond, dit l'abbé de Sade, Pétrarque ne pouvoit pas douter que Laure ne l'aimât ; mais les preuves qu'elles lui en donnoit étoient si légères, si équivoques, si souvent démenties par une conduite opposée ; enfin ce bonheur lui paroissoit si grand, si peu fait pour lui, qu'il n'osoit pas se livrer tout-à-fait à „ la douceur de le croire. On le voit par ce dialogue entre lui et son âme. » (Mera., II, p. 278.)

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