IL SE PLAINT ENCORE DE L INCERTITUDE ET POURTANT IL ESPÈRE
Ite, caldi sospiri, al freddo core.
Alle\, brûlants soupirs, alle% au cœur transi-, Et pour le rendre humain faites fondre sa glace. Si le ciel a pitié de ma voix qui le lasse, Ma douleur cessera par mort ou par merci.
Alle\, 6 doux pensers, alle^ donc loin d'ici, Et montre^ aux beaux y eux la chaîne qui m'enlace . Si du moins aux bontés la rigueur ne fait place, Nous serons sans espoir, mais sans erreur aussi.
Vous pouve\ annoncer presque avec certitude Que nous sentons en nous autant d'inquiétude Que Laure sent de calme et de sérénité.
• Courage néanmoins puisque Amour vous escorte l La fortune, il se peut, deviendra plus accorte, Si l'un de ses regards m'a dit la vérité.
PENDAN f LA VIE DE LAURE.
« Ce n'était pas la première fois que les yeux de Laure parlaient. Son amant avait déjà cru y voir briller l'éclat d'une flamme secrète. Il semble même que Laure ait éprouvé un des symptômes les plus significatifs de l'amour, qu'elle se soit abandonnée un jour à un accès de jalousie, si toutefois nous avons raison d'interpréter en ce sens une Can^ona un peu obscure, où Pétrarque paraît se défendre d'avoir dit qu'il aimait une autre femme qu'elle. La vivacité de sa défense fait croire que le seul soupçon d'une infidélité irritait profondément sa maîtresse.
« Tant que Laure vécut, Pétrarque se figura tantôt qu'il était aimé d'elle, tantôt qu'il ne l'était pas. Il flotta constamment entre le doute et l'espérance. Par moments, il se crut sûr de sa tendresse. Mais à la moindre marque de froideur, il retombait dans de nouvelles perplexités. Ce qui le maintint constamment dans l'incertitude, ce fut la réserve prudente et le silence absolu de la jeune femme. » {Pétrarque, Etude, par M. Mézières, p. 124.)