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LES YEUX DE LAURE N INSPIRENT QUE D HONNETES SENTIMENTS

Le stelle e 'l cielo e gli elementi a prova.

Les étoiles, le ciel, l'air, l'eau, le feu, la terre Ont mis tout Part du monde en cet astre adoré -, Le soleil qui s'y mire et s'en trouve honoré N'a rien de comparable en sa cour planétaire.

L'œuvre est si haute et neuve, et d'un tel caractère Que le regard mortel sent un trouble ignoré, Voyant dans les beaux yeux s'épandre à flot doré La grâce souriante et la douceur austère.

A leurs chastes rayons l'air se purifiant Souffle en nous tant de bien en nous fortifiant Qu'on éprouve à le dire un embarras extrême.

Là nul désir abject! mais l'honneur, la vertu

Et l'espoir relevant le courage abattu !

Le mal naît-il jamais de la beauté suprême ?

« Laure étoit d'une délicatesse extrême, dit l'abbé de Sade, sur tout ce qui pouvoit intéresser la pudeur. S'il en faut croire Pétrarque qui l'avoit éprouvé, ses yeux purifioient l'air ; sa présence seule chassoit les mauvaises pensées, et on peut lui appliquer, je pense, avec plus de fondement ce que Mademoiselle de Scudéry disoit de Madame de Maintenon : L'air qu'on respire auprès d'elle semble inspirer la vertu. Cette pensée paroît prise du sonnet [ci-contre]. » (Mém., II, p. 466.)

L'amour de Pétrarque devenait platonique avec les années; j'ai fait cette observation à propos du sonnet LXXIV. Mais dans le principe il n'avait pas ce caractère de spiritualité; j'ai eu aussi occasion de le dire, sonnet XCVII, et nous verrons au sonnet CXXV que l'image de Laure faisait encore reverdir les désirs de son amant. Il ne faut pas d'ailleurs prendre à la lettre cet air qui inspire la vertu; c'est une exagération poétique.

CXXÏI

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