CINQUIÈME SERIE
|A précédente série contient quelques sonnets de 1 346, et celle-ci en est entièrement composée. Il paraît que pendant qu'il faisait la guerre aux nymphes de la Sorgue (v. la note préliminaire de la IVe série), Pétrarque vivait en très-bonne intelligence avec les muses.
Cette délicieuse solitude de Vaucluse, pour laquelle il quitta tant de fois sa chère Italie, a été souvent visitée par ses admirateurs; et plus d'un, ne pouvant accomplir ce pèlerinage, s'est écrié comme cet infortuné Roucher, qui fut conduit à l'échafaud sur le même char qu'André Chénier:
Que ne puis-je aujourd'hui goûter ta solitude, O Vaucluse! ô séjour que j'ai tant désiré, Et que les dieux jaloux ne m'ont jamais montré ! Sur les rochers pendants dont la chaîne t'embrasse, De Pétrarque amoureux j'irois chercher la trace; Mes pieds y fouleroient ces verdoyants gazons, Où Pétrarque, oubliant la rigueur des saisons, N'appeloit, ne voyoit, ne reipiroit que Laure. Ici, dirois-je, ici, des beaux présents de Flore Cent fois il couronna le iront qu'il adorait ; Là. dans l'enfoncement de cet antre secret, Il marioit sa voix à sa lyre plaintive ; Sur le sable mouvant dz cette eau fugitive, Sur ces troncs, respectés du souffle des chaleurs, Gravant le nom de Laure, il l'arrosoit de pleurs. A ce doux souvenir, j'en répandrois moi-même, Et mon cœur me diroit : Ainsi ma Zitta m'aime.
{Les Mois, VIIe chant. J
Pétrarque était archidiacre de Parme et n'avait pas de prébende. Le pape Clément VI, pour lui en donner une, lui retira son archidiaconat et le pour-
vut d'un canonicat, le 27 octobre 1346. Le chapitre, craignant qu'il ne prît trop d'ascendant sur l'évêque de Parme, essaya de le brouiller avec ce prélat, en insinuant qu'il prolongeait son séjour à la cour pontificale dans le dessein de lui nuire et de le supplanter. Indigné de ces faux rapports, Pétrarque protesta par une longue et curieuse lettre, datée d'Avignon, 28 décembre:
« ... Vous me regardez comme votre ennemi, dit-il à son évêque; qu'ai-je fait? qu'ai-je dit? qu'avez-vous vu? Moi, votre ennemi ! que ne ferois-je pas au contraire pour mériter votre amitié ! Fermez l'oreille aux discours empoisonnés des mauvaises langues... Le crime qu'on m'impute est bien opposé à ma façon de penser et d'agir. Je chercherois à nuire à quelqu'un! Moi qui dès mon enfance ai souffert patiemment les choses les plus atroces de gens qui n'auroient dû me faire que du bien!... Quelle espérance pourroit me porter à vous nuire? Votre chute ne me feroit pas monter plus haut : agréez que je vous dise que je ne donneroispas mon temps pour vos travaux, ma pauvreté pour vos richesses... » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 3oo.)