‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 132 sur 155 · TOUT EST POUR LUI CAUSE DE TOURMENT · texte numérisé non relu

TOUT EST POUR LUI CAUSE DE TOURMENT

O passi sparsi, 0 pensier vaghi epronti.

O pas épars, pensée errante et fugitive!

O tenace mémoire, ô trop cruelle ardeur i

O désirs insensés ! ô naïve candeur,

O mes yeux transformés en fontaine plaintive l

O vert feuillage ornant, belle prérogative,

Le front qui resplendit de gloire et de grandeur-,

O pénible existence, ô caprice grondeur,

Qui par monts et par vaux lance% ma vie active !

O visage charmant où l'amour a placé

Le frein qui me gouverne et l'éperon glacé

Qui me pique et m'oblige à marcher sur sa trace !

O nobles cœurs épris, — s'il en est qui soient tels, — Vous, ombres, qui plane^ sur vos débris mortels, Pour voir quels sont mes maux , arrêtez-vous , de grâce .'

Ce sonnet qui, dans le texte italien, peint si admirablement les amertumes d'une tendresse sans espoir et les déchirements d'un cœur passionné, a été traduit par Clément Marot. Voici sa version, dont le vieux langage ne manque ni de charme ni d'exactitude.

O pas espars, ô pensées soudaines, O aspre ardeur, ô mémoire tenante!

O cueur débile, ô volunté puissante, O vous mes yeulx; non plus yeulx, mais fontaines

O branche, honneur des vainqueurs capitaines, O seule enseigne aux poètes duysante ; O doulce erreur qui soubz vie cuysante Me faict aller cherchant et montz et plaines,

O beau visage où amour mect la bride Et l'esperon dont il me poinct et guide Comme il luy plaisr, et deffence y est vaine; *

O gentils cueurs et âmes amoureuses, S'il en fut onc, et vous ombres paoureuses. Arreitez-vous pour veoir quelle est ma peine !

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