LA NUIT TOUT REPOSE, EXCEPTE LE POETE
Or che 7 ciel e la terra e 7 vento tace.
Maintenant que la terre et le ciel font silence, Que les hôtes des bois dorment tranquillement , Que la nuit accomplit son tour au firmament, Et que le flot des mers glisse avec nonchalance ;
Je regarde, je brûle, et mon désir s'élance ; L'inhumaine à mes yeux apparaît constamment ,< L'image de ses traits prolonge mon tourment. Et pourtant de ma fièvre abat la violence.
Ainsi la même source alimente et mes pleurs Et Vespoir qui sourit à travers mes douleurs ,• Ainsi la même main me guérit et me blesse.
Et, pour que mon trépas recommence toujours. Je meurs et je renais mille fois tous les jours, Tant V amour triomphant se rit de ma faiblesse.
A cette nuit tourmentée par la plainte de Pétrarque, opposons la nuit calme de J.-J. Rousseau à Lyon. « Je me souviens, dit-il, d'avoir passé une nuit délicieuse hors de la ville, dans un chemin qui côtoyoit le Rhône ou la Saône, car je ne me rappelle pas lequel des deux. Des jardins élevés en terrasse bordoient le chemin du côté opposé. Il avoit fait très-chaud ce jour-là ; la soirée étoit charmante, la rosée humectoit l'herbe flétrie ; point de vent, une nuit tranquille ; l'air étoit frais sans être froid; le soleil après son coucher avoit laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendoit l'eau couleur de rose ; les arbres des terrasses étoient chargés de rossignols qui se répondoient l'un à l'autre. Je me promenois dans une sorte d'extase livrant mes sens et mon cœur à la jouissance de tout cela; absorbé, dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade sans m'apercevoir que j'étois las. Je m'en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou d'arcade... Un rossignol étoit précisément au-dessus de moi ; je m'endormis à son chant. »