‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 135 sur 155 · PAS, REGARDS, PAROLES ET ACTES DE LAURE · texte numérisé non relu

PAS, REGARDS, PAROLES ET ACTES DE LAURE

Corne 'l candido piè per V erba fresca.

Quand les pieds blancs de Laure effleurent doucement

De leurs pas gracieux l'herbe de la prairie,

Il semble que les fleurs aient la galanterie

De naître pour lui faire un cortège embaumant.

Amour, qui ne soumet à son commandement

Que les cœurs délicats, sa conquête chérie,

A donné tant de charme aux beaux yeux que je prie

Que je rfai nul désir d'un autre enchantement.

Mais à l'allure honnête, au regard magnétique Elle ajoute l'attrait d'une voix sympathique Et dhin esprit modeste à nul autre pareil.

Et de ces quatre dons naît une grande flamme. Aussi suis-je ébloui devant ma noble dame Comme l'oiseau nocturne en face du soleil.

La beauté de Laure n'était aux yeux de Pétrarque, selon Lamartine, que l'incarnation du beau. Pétrarque a dit lui-même dans son Dialogue avec saint Augustin qu'il avait aimé l'âme et le corps. J'ai déjà relevé dans ses sonnets quelques indices de désirs sensuels. Il ne faut donc admettre que dans une certaine mesure la théorie de Lamartine sur l'amour de Pétrarque : u Laure pour lui n'est pas une femme, c'est une incarnation du beau, dans laquelle il adore la divinité de l'amour. Voilà pourquoi son livre inspire à ceux qui savent le goûter une dévotion à la beauté qui est presque aussi pure que la dévotion à la sainteté ; voilà pourquoi une mauvaise pensée n'est jamais sortie de ses vers ; voilà pourquoi on rêve, on pleure et on prie avec ces vers divins qui ne vous enivrent que d'encens comme dans un sanctuaire. C'est de ce poëte sacré, c'est de ce psalmiste de l'amour des âmes que je veux vous entretenir aujourd'hui. La France l'a peu connu, Boileau l'a dénigré sans le comprendre... » (Cours fam. delittér., VI, p. 3.)

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