IL CRAINT DAVOIR FAILLI A SON ASTRE POETIQUE
S' io fossi stato fermo alla spelunca.
Si j'avais courtisé le dieu de l'harmonie Et de Vart des beaux vers mieux compris la valeur, Peut-être que Florence aurait eu son génie Comme Arunca, Mantoue et Vérone ont le leur.
Mais du rocher sacré puisque Fonde bénie
Ne fait sur mon terrain pousser ni jonc ni fleur.
Défrichant la bardane et la ronce jaunie,
Je vais mettre mon champ sous un astre meilleur.
V olivier se dessèche, et Veau de Castalie, Qui pouvait ranimer sa verdure pâlie, Porte ailleurs l'abondance avec la floraison.
Oen est fait l le destin de tout bon fruit me prive, Sî , grâce à Jupiter, du ciel il ne m' arrive Quelque douce rosée en F ardente saison.
Arunca, patrie du poète Lucile; Mantoue, celle de Virgile; et Vérone, celle de Catulle. Dans le texte, Arunca rime richement avec spelunca, ingiunca et adunca. C'est là ce qui a valu sans doute à Lucile l'honneur d'être cité à côté de Virgile et de Catulle.
Quoique natif d'Arezzo, Pétrarque pouvait se dire enfant de Florence. Lorsque le sénat de cette ville lui rendit les biens de son père, il lui adressa une longue lettre qui commençait ainsi :
« Illustre rejeton de notre patrie! Il y a longtemps que votre renommée a frappé nos oreilles et remué nos âmes. Le succès de vos études et cet art admirable dans lequel vous excellez, vous ont décoré de ce laurier qui ceint votre front, et vous rendent digne de servir de modèle et d'encouragement à la postérité. Vous trouverez dans les cœurs de vos compatriotes tous les sentiments d'estime et d'amitié que vous méritez; mais afin qu'il n'y ait rien dans votre patrie qui puisse blesser vos yeux, de notre propre libéralité, et par un mouvement de la tendresse paternelle que nous avons toujours eue pour vous, nous vous rendons sans exception les champs de vos ancêtres, qui ont été rachetés des deniers publics. » (Mém. de l'abbé de Sade, III, 125. V. le sonnet CCXXXVII.)
Pétrarque oublie dans le premier quatrain que Florence a donné le jour à Dante.
GXXXIV