LE CHANT DE LAURE
Quando Amor i begli occhi a terra inchina.
Lorsque Laure, inclinant ses beaux yeux vers la terre,
Unit dans un soupir ses esprits gracieux,
Pour les résoudre ensuite en chants délicieux,
En parler clair, suave, empreint d'un charme austère.
Je sens mon cœur ému par un si doux mystère, J'éprouve un tel oubli des penser s soucieux, Que je dis : Voici l'heure où je vais rendre aux deux Sans avoir de regrets mon âme solitaire.
Mais la douceur des sons s'empare de mes sens, Et, pour jouir encor des magiques accents, Je m'arrête et résiste au désir qui m'entraîne.
Ainsi je me ranime; ainsi flotte toujours De la vie à la mort la trame de mes jours, Au gré de mon unique et céleste sirène.
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« Je suis persuadé, dit l'abbé de Sade, que Laure avoit été élevée comme on élevoit alors les demoiselles ; on se contentoit de leur apprendre à coudre et à filer; rarement à lire et a écrire. Celles qui savoient lire s'appeloient des demoiselles lettrées ; on les recherchoit beaucoup dans les couvents.
« Laure avoit beaucoup d'esprit naturel, mais sans ornement et sans culture. C'est pour cela que Pétrarque se contente de louer la douceur, la gentillesse et l'honnêteté de ses propos...
« En revanche il parle avec enthousiasme de sa voix qui alloit, dit-il, jusqu'au fond de l'âme : che ne\ïy anima si sente (sonnet 178). On a vu le ravissement qu'elle lui causa, lorsqu'il l'entendit chanter sur cette espèce de char qui la ramenoit à Avignon après la fameuse promenade en bateau sur le Rhône (sonnet 189). Je ne finirois pas si je rapportois tous les sonnets où il est question de cette voix enchanteresse. En voici un entièrement consacré à en faire l'éloge. » (Mém. pour la vie de Pétrarque, II, 472.) Voir les sonnets CLX, CLXXVIII, CLXXXIV et CLXXXIX.
2g2 LES SONNETS DE PETRARQUE
GXXXV