‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 138 sur 155 · IL PERDRA LA VIE PLUTOT QUE L'ESPERANCE · texte numérisé non relu

IL PERDRA LA VIE PLUTOT QUE L'ESPERANCE

Amor mi manda quel dolce pensiero.

Amour m'offre un rayon d'espoir réconfortant, A présent qiCil me voit lassé de son empire ; Je n'ai jamais, dit-il ', depuis que je soupire, Plus approché du but que je désire tant.

Mais je n'ose écouter son langage inconstant ', Tantôt vrai, tantôt faux -, et mon sort devient pire : Car le doute me mord, le^doute est un vampire ; Ni oui ni non ne sonne en mon cœur hésitant.

Cependant le temps passe, et dans Vâge, contraire Aux doux rêves ainsi qu'à mon vœu téméraire, J'apprends par mon miroir que j'avance à grands pas.

Je ne vieillis pas seul du moins, et les années Ne pourront amortir mes flammes obstinées. Je crains plutôt qu'avant n'advienne le trépas.

PENDANT LA VIE DE LAURE. 2q3

« Il est difficile, dit l'abbé de Sade, d'accorder ce sonnet et quelques autres avec la déclaration que fait si souvent Pétrarque, qu'il n'a jamais eu que des désirs honnêtes. La seule façon de le concilier avec lui-même, c'est de dire comme saint Augustin : Les amants ne savent ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent. » (Mém., II, p. 280.)

Ces mots : Je ne vieillis pas seul (gia sol non invecchio) semblent indiquer que Laure était à peu près du même âge que Pétrarque. Illa mecum senescit, dit-il encore dans ses dialogues avec saint Augustin, et celui-ci lu; répond : « Vous la précédez d'un petit nombre d'années » :paucorum numerus annorum quo illam grecce dis.

Velutello prétend que Laure naquit le 4 juin 1 314," qu'elle n'avait que douze ans lorsque Pétrarque s'en éprit, et qu'elle vécut dans le célibat. Cette opinion, quoique victorieusement réfutée par l'abbé de Sade, subsiste encore dans l'édition de Marsand, reproduite par Firmin Didot en 1867. — V. sur le mariage de Laure la 2e partie de Y Introduction et les sonnets CXLIX,CLVet CLVII.

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