IL A TANT DE CHOSES A DIRE QU IL N OSE PARLER
Pien d'un vago pensier, che mi desvia.
Plein d'un charmant penser qui m'absorbe et captive, Et qui de tout au monde a su me détacher. Par moments je m'oublie afin d'aller chercher Celle que devrait fuir la sagesse attentive.
Quand je la vois passer si belle et si rétive. Je tremble de frayeur et je n'ose approcher , Tant d'autres soupirants, qui voudraient la toucher, Lui font entendre en vain leur prière plaintive.
Je découvre, il est vrai, mais j'ai des yeux d'amant, Entre ses cils hautains quelque regard clément, Qui rassérène un peu mon esprit en démence.
Alors jeprends courage, et quand je suis tout prêt
A révéler le mal dont je souffre en secret,
Ma bouche a trop à dire et jamais ne commence.
« Lorsque Pétrarque démêloit a travers l'air sévère de Laure ces signes favorables qui ranimoient sa confiance, il vouloit l'entretenir de son amour, mais il étoit bientôt interdit et ne savoit que dire. Voici un sonnet qui le prouve. Il est fait à Avignon, où Pétrarque alloit voir quelquefois cette beauté qu'il fuyoit et qu'il cherchoit sans cesse. » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 281.)
Ce sonnet rappelle ces vers de Catulle... Nam simul te, — Lesbia, adspexi, nihil est super mi (Carm. LI) et par conséquent ceux de Sapho imités par Catulle.
Voici notre traduction de l'ode de Sapho :
A LESB1E.
Il me paraît heureux comme les dieux eux-même Celui qui devant toi s'assied pensivement, Rien que pour écouter ta voix douce qu'il aime Et ton rire charmant.
Par l'excès du bonheur que ta présence donne On se sent malheureux; car dès que je te vois, O Lesbie, aussitôt la raison m'abandonne, Et je n'ai plus de voix.
Ma langue à mon palais s'attache... Dans mes veines Circule un feu subtil... Mon oreille n'entend Qu'un murmure confus... Sur mes paupières vaines La nuit sombre s'étend...
D'une froide sueur je me sens épuisée... Je sens par tout mon corps un frisson me saisir... Je chancelle... et pâlis comme la fleur brisée... Je me meurs de plaisir...