LE SILENCE, INDICE DU VÉRITABLE AMOUR
Più volte già dal bel semblante umano.
Que de fois, lui trouvant un air moins inhumain, Je voudrais lui parler de ma persévérance, Lui dire avec adresse et sans trop d'assurance Mes rêves de la veille et ceux du lendemain !
Mais je crains ses regards et m'arrête en chemin ,• Car tout mon avenir , toute mon espérance, Ma fortune, mon bien, ma joie et ma souffrance^ Et ma vie et ma mort, elle a tout en sa main l
Sur mes lèvres ainsi toute parole expire ; Je n'ose pas gémir de son magique empire, Tant faibles sont mes droits à son sourire ami .'
Quand on aime autrement que satyre et bacchante, La passion muette est la plus éloquente : Qui peut peindre ses feux ne brûle qu'à demi.
Les bons traitements dont Pétrarque était l'objet de la part de Laure étaient pour lui, selon l'expression de l'abbé de Sade, comme « ces beaux jours d'hyver, dont la durée est incertaine et auxquels on n'ose pas se lier. »
M. Mézières pense que Laure traita mieux Pétrarque dans les dernières années, « non pas, dit-il, qu'elle voulût lui faire espérer ou lui accorder plus qu'elle ne lui avait accordé jusque-là, non pas qu'elle fût éblouie, comme le croit à tort l'abbé de Sade, par l'éclat de la couronne poétique que son amant venait de recevoir. Mais une femme de trente-cinq ans, vieillie avant l'âge, peut ne pas se croire obligée de se défendre avec la même énergie qu'une femme plus jeune et par conséquent plus menacée. Laure se trouvait trop changée pour redouter les mêmes dangers qu'autrefois. D'ailleurs elle s'apercevait que Pétrarque vieillissait aussi. » (Etude, p. 1 17.)
Le dernier vers de ce sonnet est imité d'Ovide : Félix qui patitur qucu numerare potest.