‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 141 sur 155 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

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s'il ne peut lui ôter sa rigueur, elle ne peut lui ôter l'espérance.

Giunto m'ha Amorfra belle e crude braccia.

Amour vers deux beaux bras me pousse avec malice. Plus je me plains au ciel, plus s'accroît mon chagrin, A mes gémissements mieux vaut donc mettre un frein Et sans une parole épuiser le calice.

Laure, avec le regard qui dans mon âme glisse, Briserait les rochers, embraserait le Rhin. Mais tant d'orgueil s'allie à son calme serein Que le bonheur de plaire est pour elle un supplice.

Le diamant si dur dont son cœur est formé Par nul moyen connu ne peut être entamé, Et son corps est un marbre où circule la vie.

Que son dédain m'accable l elle est libre en effet De trouver soîî plaisir au mal qu'elle m'a fait $ L'espérance du moins ne m'est jamais ravie.

PENDANT LA VIE DE LAURE. 2(Jf)

Pétrarque, s'il eût été galant comme l'Orontc du Misanthrope, aurait dit :

Belle Phylis, on désespère Alors qu'on espère toujours.

Cette définition de l'espérance n'est pas sérieuse comme celle de l'abbé Delille :

Promettre c'est donner, espérer c'est jouir .

quoique M. du Chazet ait spirituellement joué pendant la Terreur sur cette espèce de jouissance.

L'heureux émule de Virgile Qui nous fait penser et sentir, Dans ses vers immortels, Delille, A dit qu'espérer c'est jouir.

Ah ! s'il est vrai que l'espérance, Au sein des plus affreux tourments Soit pour nous une jouissance, Nous jouissons depuis longtemps.

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