‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 143 sur 155 · AMERTUME ET DOUCEUR DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

AMERTUME ET DOUCEUR DE L'AMOUR

Mirando 7 sol de' begli occhi sereno.

Quand brille avec bonté le regard que j'implore, Quand le cruel Amour sourit en me frappant, Mon âme fatiguée aussitôt s' échappant, Vole à son paradis, c'est-à-dire vers Laure.

Mais quand son rêve rose, hélas! se décolore, Elle compare aux fils que l'insecte suspend Tout ce qu'on trame au monde, et croit voir le serpent Se glisser dans les fleurs que Y espoir fait éclore.

Comme l'esquif bercé par les flots inconstants, Elle flotte, brûlante et froide en même temps, Dans un état mêlé de calme et de démence.

J'ai nourri la douceur d'un séduisant dessein; Et les, tristes regrets qui torturent mon sein, Voilà quels sont les fruits d'une telle semence.

PENDANT LA VIE DE LAURE. 3o3

« Ce passage alternatif des sourires aux dédains, dit le marquis de Valori, ce combat de la vertu, luttant contre les séductions de l'amour et du génie, la vie cléricale du pocte toscan, les habitudes quiètes et modestes de sa Laure sont un hommage à la terre et un sacrifice au ciel. Tombé dans un abîme de souffrances, ce cœur cherche dans le domaine de l'exaltation un lénitif à ses afflictions continues et se dédommage des rigueurs de son héroïne par cet enthousiasme qui, dès l'origine, comme il l'avoue, le rendit la fable du peuple et en a fait le prototype des amants passés, présents et à venir. L'amour de Pétrarque, comme son arbuste favori, subit diverses transformations; il croit triompher, soupire, se lamente, bénit le lieu, l'année, le mois, le jour, l'instant où il rencontra celle qui le désola vingt et un ans, et, forcé de renoncer à l'amour mondain, il l'idéalise dans les plus hautes régions de la douleur. » (Document historique de Boccace sur Pétrarque, p. 38.)

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