V.les sonnets CXLVIII et CLXXVI
IL AIME MIEUX SOUFFRIR POUR LAURE QUE D ETRE HEUREUX AVEC UNE AUTRE DAME.
Fera Stella, se 'l cielo ha for\a in noi.
Cruelle fut l'étoile unie à mon destin, S'il est vrai que d'un astre on subit la puissance j Cruel fut le berceau que feus à ma naissance, Cruel le sol foulé par mon pas enfantin :
Cruelle aussi la dame au parler argentin Qui m'a frappé le cœur depuis V adolescence Et qui me fait languir en son obéissance, Quoiqu'elle ait dans ses yeux le remède certain.
C'est dore peine perdue, Amour, qu'on te supplie ; Tu prends toujours plaisir à ma mélancolie , Et Laure volontiers rirait de mon trépas.
Pourtant mieux vaut encor sa colère assouvie Qu'avec une autre amante une plus douce vie; Tu me l'as dit, Amour, et je n'en doute pas.
PENDANT LA VIE DE LAURE. 3o5
Le dernier vers du second quatrain fait allusion h la lance d'Achille qui guérissait les blessures qu'elle avait faites. Properce avait déjà dit : Mysus, et Aïmonia juvenis qua cuspide vulnus — Senserat, hac ipsa cuspide sensit opem.
Le dernier tercet exprime encore la même idée que les vers de Clément Marot déjà cités (sonnet XIX) :Et fayme mieux vous aymer en tristesse, — Quaymer ailleurs en joye et en lyesse. C'est aussi la pensée dominante d'un sonnet du Tasse, publié à Pise, en 1875, et jusqu'alors inédit. Voici ce précieux sonnet, mis au jour par le comte Prosper Arlotti :
Mancara prima al mar i pesci e l'onde, Al ciel tutte le stelle, ail' aria i venti, Al sol i raggi suoi caldi e lucenti, E di maggio alla terra erbette e fronde,
Ch' io per volger mai gli occhi ei passi altronde Di Voi, dolce mio ben, non mi rammenti, E che non brami con affetti ardenti Vostre bellezze a null' altre seconde.
Dunque error vano e immaginar v'invita Ch' io parta per fuggir l'ardor, che io sento, E cerchi di morir d'altra ferita.
Che benchè senza pari è il mio tormento, M' è più caro per Voi perder la vita. Che d' ogn' altra men bella esser contento.
3o6 LES SONNETS DE PETRARQUE