‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 145 sur 155 · EN SE RAPPELANT LE TEMPS ET LE LIEU DE SON · texte numérisé non relu

EN SE RAPPELANT LE TEMPS ET LE LIEU DE SON

innamoramento, il se sent rajeunir.

Quando mi vene innan\i il tempo e 7 loco.

Lorsque je pense à l'heure, au lieu de mon servage, Au nœud chéri qu'Amour de sa main a formé, Douce paraît l'ardeur dont je suis consumé. Et mes yeux de mes pleurs se font un jeu sauvage.

Pour servir d'aliment au feu qui me ravage, Je deviens tout de souffre, et mon cœur abîme, En détestant sa flamme, en est encor charmé. C'est l'absinthe et le miel dans le même breuvage.

Ce beau soleil, qui seul resplendit à mes yeux, Vient encor m? échauffer de ses rayons joyeux, Aussi brûlant le soir qu'au matin de la vie.

Il produit dans mon être un tel embrasement, Que toujours ma mémoire à mon âme ravie Montre l'heure et le lieu de mon enchaînement.

Pétrarque évoque ici, comme dans le sonnet XLVII, le premier jour de sa passion pour Laure. Peut-on douter de sa sincérité lorsqu'on le voit revenir avec tant de complaisance sur les circonstances de sa première entrevue? Peut-on partager le sentiment de Voltaire et croire que Laure était ce que Boileau appelle une Iris en l'air? Nous avons vu, — 2e partie de l'Introduction, — avec quelle précision Pétrarque répondit au même reproche que lui adressait l'évêque de Lombez.

Voltaire n'aimait pas Pétrarque. « Je ne fais pas grand cas de Pétrarque, écrivait-il dans sa correspondance ; c'est le génie le plus fécond dans l'art de dire toujours la même chose ; mais ce n'est pas à moi à renverser de sa niche le saint de Pabbé de Sade. »

Ce jugement, appliqué au Can^oniere seul, serait un peu léger ; mais appliqué à la généralité des œuvres de Pétrarque, qui remplissent un volume in-folio, il est souverainement injuste.

3o8 LES SONNETS DE PETRARQUE

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