APRÈS LA TRAVERSÉE DE LA FORET DES ARDENNES
Mille piagge in un giorno e mille rivi.
Qu'en un seul jour f ai vu de parages divers En traversant, pensif , la solitude ombreuse ! Jusqu'au troisième ciel monte Famé amoureuse, Et de là son coup d'œil embrasse l'univers.
Dieu soit loue! j'ai pu, cœur et front découverts, Sans armes suivre en paix la route dangereuse : Tétais comme un esquif dans la tourmente affreuse, Echappant sans pilote aux gouffres entr' ouverts.
Au terme maintenant de ma course insensée, Quand de tant de périls me revient la pensée, Je suis de mon audace avec effroi surpris.
Mais le Rhône et ses bords rassurent mes esprits. Et déjà mes regards se tournent, pleins d'ivresse, Vers le brillant séjour de mon enchanteresse.
Pétrarque rend grâce h Dieu, dans sa IVe épître, de ce qu'il est sorti sain et sauf de la foret des Ardennes. Arduennam sylvam visu atram atque horrificam transiri soluSy et, quod magis admireris, belli tempore ; sed incautos, ut a'iunt, Deus adjuvat.
« La bravoure de Pétrarque, dit l'abbé de Sade, n'empêcha pas qu'il ne fût bien aise de se voir hors de cette forêt, où il avoit couru de si grands périls ; mais quelle fut sa joie, lorsqu'approchant de Lyon, il découvrit ce fleuve, qui portant son tribut à la mer, va baigner les murs de la ville, où brilloit l'objet de son amour! Dans les transports que la vue du Rhône lui causa, il fit le sonnet [ci-contre]. » (Mém., tome I, p. 217.)
Pétrarque, parti de Cologne le dernier jour de juin 1 333, arriva le 9 août suivant à Lyon, où il eut le déplaisir d'apprendre que l'évêque de Lombez était allé sans lui à Rome; ce qu'il lui reprocha dans une longue lettre, et ce qui l'engagea peut-ê-tre à prolonger son séjour à Lyon jusqu'à la fin d'août.
3l2 LES SONNETS DE PETRARQUE