EN DESCENDANT LE PO
Po, ben puo' tu portartenc la scor^a.
Tu peux bien, Pô rapide, avec tes flots grondants De mon être emporter V enveloppe chétive j Mais ta force, et nulle autre humaine et positive N'ont prise sur l'esprit qui se cache dedans.
Sur la brise propice à ses désirs ardents
Il vole, sans souci de l'onde destructive j
Et le feuillage d'or qui Y attire et captive
Lui prodigue ses fleurs et ses fruits abondants.
Fleuve altier, qui vers l'est vas chercher la lumière, Et laisses en amont de ta course première Une splendeur cent fois plus belle que le jour ;
Tes fougueux tourbillons de vagues et de sable N'entraîneront de moi que la part périssable j L 'autre remontera vers son divin séjour.
L'abbé de Sade rapporte ce sonnet à l'année 1344. « Pétrarque, dit-il, partit d'Avignon h la fin de l'hyver. Dégoûté de la mer, il prit route par terre, et se rendit d'abord a Parme, après avoir traversé le Piémont.
« Le séjour d'une ville, pleine de dissensions et bloquée de toutes parts, ne convenoit pas à Pétrarque; après y avoir passé quelques jours pour ses affaires, il s'embarqua sur le Pô pour aller à Vérone, où il étoit attendu avec impatience. C'est dans le cours de cette petite navigation qu'il fit le sonnet [ci-contre], si je ne me trompe.
Il étoit certainement à Vérone le 12 mai 1 345, puisqu'il date de ce jour et de cette ville une lettre qu'il imagina d'écrire à Cicéron. » (Mem., tome II, p. 224.)
Cette lettre fut sans doute écrite à l'occasion des Lettres familières de Cicéron qu'il eut le bonheur de découvrir dans l'église de Vérone, et qui nous sont parvenues, grâce à lui.