IL SE COMPARE A L OISEAU PRIS AU FILET
Amorfra 7 erbe una leggiadra rete.
Sous V arbre toujours vert, dont le feuillage lisse Me plaît quoique funeste à mes yeux amoureux , Amour tendit sur l'herbe un filet dangereux Fait de perles et d'or et tissu de malice.
L'amorce fut ce grain amer et doux qu'il glisse Dans les cœurs pour cueillir des soupirs douloureux, Et V appeau cette voix dont les accents heureux Sont de tous les amants ouïs avec délice.
Et dans l'ombre un flambeau comme un soleil brillait , Et du charmant réseau la corde s'enroulait Autour de doigts plus blancs que l'ivoire et la neige.
Tout naturellement je tombai dans le piège,
Et là m'ont retenu les propos gracieux,
Le désir , et l'espoir qui nous ouvre les deux.
Peut-être ce sonnet est-il de ceux qu'avait en vue le marquis de Valori, lorsqu'il écrivait les dernières lignes de l'extrait suivant :
« Est-il vraisemblable qu'un jeune homme se prenne d'un violent amour pour une personne qu'il rencontre dans une église un Vendredi-Saint ; que, n'ayant pour vivre que la protection de la cour romaine, il s'enflamme pour une dame qu'il ne rencontre que rarement dans des cours d'amour, des assemblées, chez les cardinaux ou dans quelques promenades ; est-il vraisemblable qu'un jeune homme qui voyage sans cesse pour s'éloigner, dit-il, de sa belle, et qui, sur seize années en passe douze loin de l'objet de sa passion, conserve vingt et un ans un tel amour sans aliment? Reconnaît-on l'état de sa passion dans ses poésies, qui abondent en jeux de mots, en expressions recherchées, en images forcées, et d'une affectation de style qui décèle de laborieuses corrections ? » Document de Boccace, p. 69.)
Comment concilier cette dernière phrase avec le passage cité sous le sonnet CXL et avec cette déclaration générale : Le sonnet part du cœur de Pétrarque? (P. 32.) V.le sonnet CLXXVI.
IL BRULE D'AMOUR POUR LAURE, MAIS SANS JALOUSIE. Amor, che 'ncende 7 cor d' ardente %elo.
Amour, qui dans mon cœur met la flamme amoureuse, Y glisse en même temps le frisson de la peur. Dans le doute cruel je flotte avec stupeur Et je me perds au fond de l'abîme qu'il creuse.
Dans quelles transes vit la dame malheureuse
Qui cache son amant sous son voile trompeur !
Son esprit accablé ne sort de sa torpeur
Que pour feindre un sourire en son angoisse affreuse.
Eh bien! mon mal vraiment est encor plus profond.
Je brûle nuit et jour, et nulle poésie
Ne saurait exprimer ce que deux yeux me font.
J'ai le bonheur du moins d'être sans jalousie. Laure est trop au-dessus de tout hommage humain Pour qu'à Vun d'entre nous elle tende la main.
PKNDANT l.A Vif- DE I.AIRF.
u Quoique Pétrarque dise dans un sonnet [celui-ci j que la conduite de Laure le met à l'abri de la jalousie, parce qu'elle traite tous les hommes également, cependant on a vu, dans ses Dialogues avec saint Augustin, que ce saint lui reproche d'en être jaloux. « Reconnaissez toutes vos folies, lui dit-il, et surtout votre jalousie dont vous devriez rougir, car de même que l'amour est la première des passions, la jalousie tient le premier rang parmi les folies de l'amour. » Pétrarque en convient lui-même dans son Triomphe de V amour, où il dit qu'il brûle d' amour , de jalousie et d'envie ; et c'est ce qui a donné lieu de croire à quelques-uns de ses interprètes que Laure étoit mariée, ne voulant pas que la jalousie de Pétrarque porte sur un autre objet qu'un mari. Le terme & envie ajouté à celui de jalousie détermine nécessairement à ce sens-là; vis-à-vis d'une femme telle que Laure, un amant jaloux ne peut porter envie qu'à son mari. Tassoni a senti cette vérité. » (Mém. de l'abbé de Sade, t. II, p. 479.)
Voir d'autres indices du mariage de Laure aux sonnets CLXIII et CLXXXVI.
IL CRAINT CONTINUELLEMENT DE DEPLAIRE A LAURE. Se 'l dolce sguardo di costei m' ancide.
Devant son doux regard si je meurs ou soupire, Si le son de sa voix me charme et m 'attendrit ; Dès que sa bouche parle et dès qu'elle sourit, Si l'Amour sur mes sens lui donne un tel empire ;
Combien je souffrirais, que mon sort serait pire Si par ma faute ou non devait être proscrit Vair de miséricorde en ses beaux y eux écrit ! N'est-ce pas sa pitié qui fait que je respire ?
Si je tremble à présent, si je m'en vais glacé, Quand sa figure change et devient plus sévère, J'ai, pour être craintif, l'épreuve du passé.
La femme, être mobile, en rien ne persévère ; C'est sa nature ; on sait que dans son cœur léger Le plus vif sentiment n'est qu'un feu passager.
Le dernier tercet rappelle les deux vers que François Ier aurait gravés avec le diamant de sa bague sur l'un des vitraux du château de Chambord, un jour qu'il devisait de l'inconstance des femmes avec sa sœur Marguerite d'Angoulème :
Souvent femme varie.
Bien fol est qui s'y fie.
Voici ce qu'on lit dans Brantôme : « Sur quoy il me souvient qu'une fois, m'estant allé pourmener à Chambord, un vieux concierge, qui estoit céans et avoit esté valet de chambre du roy François, m'y reçut fort honnestement, car il avoit dès ce temps-là connu les miens à la cour et aux guerres, et lui-mesme me voulut monstrer tout; et m'ayant mené à la chambre du roy, il me monstra un escrit au costé de la fenestre : «< Tenez, dit-il, lisez cela, Monsieur; si vous n'avez « veu de l'escriture du roy mon maistre, en voilà. » Et l'ayant leu en grandes lettres, il y avoit ce mot: Toute femme varie. » (Vies des Dames galantes, édit. de Garnier de 1848, p. 264.)
Virgile avait dit avant Pétrarque : Variitm et mutabile semper — Femina.