SUR UNE MALADIE DE LAURE
Amor, Natura e la bell' aima umile.
Amour, Nature et Laure, arbitre de ma vie, Pour m'ôter le repos ont fait un pacte entre eux. Amour, qui m'a tendu des pièges si nombreux, Veut que de mort enfin ma douleur soit suivie.
Nature tient ma dame à ses lois asservie Par un lien si faible, un corps si langoureux, Que , méprisant les biens qui nous rendent heureux, Elle ne pense plus qu'au ciel qui la convie.
Aussi Y esprit vital s'éteint journellement Dans cet être chéri, dans cet être charmant, Vrai miroir d'élégance et de grâce touchante.
Si le ciel par pitié ne vient me secourir,
En défendant son front contre la faux méchante,
C'en est fait de l'espoir, je n "ai plus qu'à mourir...
« Laure, dit l'abbé de Sade à propos de ce sonnet, étoit d'une complexion fort délicate; ses couches fréquentes et, si je ne me trompe, quelques chagrins l'avoient épuisée au point que, quoiqu'elle fût encore jeune, sa santé étoit chancelante et causoit souvent de vives alarmes à Pétrarque. » (Mém., t. II, p. 285.)
Pétrarque avait écrit dans son troisième Dialogue avec saint Augustin : Corpus illud egregium morbis ac crebris PTBS exhaustum multum pristini vigoris amisit. Les lettres capitales sont l'abréviation de partubus. L'abbé de Sade prétend que le mot existe en entier dans quelques manuscrits et que dans d'autres il est écrit ptubs. Les partisans d'une Laure non mariée ont généralement traduit l'abréviation par perturbationibus.
L'abbé Castaing, qui excellait dans l'arrangement des textes au gré de ses paradoxes, ne s'est pas contenté de cette dernière interprétation. Il a supprimé morbis ac, substitué multis à crebris et traduit PTBS par ptysmatibus. Ce qui lui a permis de faire mourir sa Laure des Baux d'une consomption pulmonaire et de l'enterrer fille.