‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 153 sur 155 · DE LAURE · texte numérisé non relu

DE LAURE

Almo Sol, quella fronde clï io sol' amo.

Divin soleil, ô toi qui jadis poursuivis Cette Daphné qui croît dans le séjour de Laure, Depuis qu'Eve montra les charmes qu'on déplore, Rien de mieux que ma dame ici-bas tu ne vis.

Restons à V admirer. Quand je la vois, je vis. Mais tu n écoutes pas mon soupir qui t'implore; Tu f enfuis entraînant le jour qui va se clore; Ta clarté Vabandonne, et tu me la ravis.

Déjà le crépuscule estompe la colline

Où se plaît ma pensée, où le \éphyr incline

Le rameau dont la feuille est offerte au vainqueur.

L'ombre grandit, hélas! et la nuit désolée M'ôte le doux aspect de l heureuse vallée Où celle qui m inspire habite avec mon cœur.

Le texte porte au premier tercet : Ove 7 gran lauro fu picciola verga,- et des commentateurs prétendent que cela signifie : Dore già Laura fu bambina. D'après cette interprétation, la Laure de Pétrarque ne serait pas celle d'Avignon, mais une autre de la vallée de Vaucluse. A cela on peut répondre que le commentaire italien est singulièrement risqué ; qu'il y a une excellente raison de s'en tenir au sens naturel du texte et de n'y voir réellement qu un grand laurier qui fut une petite verge ; c'est que Pétrarque, nous le savons par la note du sonnet XXVII, se plaisait à planter luimême des lauriers ; et qu'à la vue de l'un d'eux, devenu grand, il était tout simple qu'il exprimât par le fu picciola verga la satisfaction qui fit dire à de Leyre : Je l'ai plante', je Vai vu naître, dans la romance mise en musique par J.-J. Rousseau.

A propos de laurier, citons l'étrange étymologie de l'abbé Castaing de Pusignan. Pour appuyer sa thèse d'une Laure des Baux (lesquels Baux étaient successeurs de la maison d'Orange), il prétendait que la fréquente assimilation de Laure et laurier venait de ce que Laura était la contraction de laurus aurea et signifiait laurier à pommes d'or ou oranger. — La Muse de Pétrarque, ch. IL

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