LAURE. XXXI
que ce mot partubus soit la bonne leçon, il n'en suit pas nécessairement que Laure fût mariée*.
Etait-ce d'ailleurs la peine de s'appuyer sur cet injurieux écrit? Quelques mots vont détruire tout l'échafaudage d'arguments sur lequel l'auteur a hissé la sœur d'Hugues de Sade. Nous savons par Pétrarque que Laure était un peu plus jeune que lui. Lorsqu'il la rencontra pour la première fois, en 1327, elle était mariée depuis deux ans et devait avoir vingt ans puisqu'il en avait vingt-trois. Bruce-Whyte lui donne douze à treize ans à cette époque et prétend qu'elle était fille de Paul de Sade et de sa première femme, Jeanne Lartissuti. Or, celle-ci était morte vers 12902, et Paul de Sade s'était remarié le Ier février i3oo3. Leur fille, dont le nom même est ignoré, si elle vécut jusqu'en 1327, comptait alors trente-sept printemps au lieu de dou^e à treize. Ce n'est certainement pas cette vieille fille qui inspira Pétrarque; et c'est pour cette maladroite hypothèse que Bruce-Whyte calomnie l'abbé de Sade, comme il a calomnié Pétrarque et Laure ! Il accuse le digne abbé d'une suppression volontaire dans le testament de Paul de Sade. Il lui reproche aussi d'avoir donné un mari à Laure pour être son descendant direct au lieu d'être son arrière-neveu ; et cette sottise est répétée dans la Fête de Pétrarque en Provence.
Le doute sur l'identité de Laure n'est donc pas tranché dans le sens du célibat, et c'est heureux pour la gloire de Pétrarque.
Laure de Noves, mariée à Hugues de Sade, est la seule Laure qui concorde de tous points avec les dates et les indications du Canjoniere,avec les testaments de
1 Histoire des langues romanes, t. III, p. 388. — Voir pour le mot partubus le commentaire du sonnet CLI.
2 Mém. de l'abbé de Sade, I, p. i3o.
3 Id., I, p. 41 des Notes.