‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 24 sur 155 · I. 'AMOUR DU TEMPS DE PÉTRARQUE. XXXVII · texte numérisé non relu

I. 'AMOUR DU TEMPS DE PÉTRARQUE. XXXVII

hanche. Le cœur et les senS avoient, pour ainsi dire, une marche séparée : les ohjets de l'un et de l'autre étoient rarement les mêmes, et l'on faisoit une grande différence entre une Dame vertueuse à qui on donnoit son cœur, qu'on appeloit la Dame de ses pensées; et une maîtresse destinée uniquement à satisfaire les désirs delà nature.

« Cette distinction paroîtra sans doute ridicule et imaginée à plaisir, dans un siècle où l'on regarde l'amour épuré comme une chimère de Platon, ou comme un voile honnête pour cacher des désirs qui ne le sont pas : mais on en voyoit mille exemples dans le siècle de Pétrarque1. »

L'abbé Roman et l'abbé de Sade viennent de nous dire comment on aimait du temps de Pétrarque. Pour achever la démonstration, citons les sentences des cours d'amour et multiplions les exemples d'amants épris de dames mariées.

Et d'abord, que l'on ne croie pas que les cours d'amour n'aient existé que pour « l'esbattement » des seigneurs et des poètes ! Les historiens modernes commencent à les prendre au sérieux et à reconnaître leur action civilisatrice. Les seigneurs du moyen âge étaient rudes avec leurs femmes et les abandonnaient volontiers pour courir aux croisades, aux pèlerinages et à la guerre contre leurs voisins. Les châtelaines sentirent la nécessité de s'unir entre elles, de se créer des protecteurs pour les jours d'isolement, et d'adoucir la brutalité sauvage par la récompense des sentiments généreux. Un progrès social fut alors réalisé par l'institution des cours d'amour et par l'adoption de ces platoniques amants, — qui se sont en quelque sorte perpétués jusqu'à nos jours sous le nom de bracciere en Espagne et de sigisbée en Italie. — Les arrêts de ces gracieux

1 Mém. pour la vie de François Pétrarque. Amsterdam, 3 vol. in-4. 1764. Tome I, p. 117.

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