XXXVIII INTRODUCTION
parlements de dames ne sont donc pas à dédaigner pour l'étude des mœurs.
Du temps de Pétrarque, l'union intime des âmes était d'autant plus permise sans l'union conjugale, qu'elle n'était pas admise entre mari et femme. L'amour et le mariage étaient considérés comme incompatibles, depuis la fameuse sentence prononcée par la comtesse de Champagne, fille de Louis le Jeune. Consultée sur cette question : a Le véritable amour peut-il exister entre des personnes mariées? » elle avait répondu : « Nous disons et assurons, par la teneur de ces présentes, que l'amour ne peut étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet , les amants s'accordent tout mutuellement et gratuitement, sans être contraints par aucun motif de nécessité. Tandis que les époux sont tenus par devoir de subir réciproquement leurs volontés, et de ne se refuser rien les uns aux autres... Que ce jugement, que nous avons rendu avec une extrême prudence et d'après l'avis d'un grand nombre d'autres dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé l'an 1 174, le troisième jour des calendes de mai, indiction VII° *. » ,
Ce jugement fait comprendre le premier article du code d'amour qu'André le Chapelain nous a conservé dans son livre De arte amatoria. Cet article est ainsi conçu : « Causa conjugii non est ab amore excusatio. Le mariage n'est pas un obstacle à l'amour 2. » Il est évident qu'il s'agit de l'amour extra-conjugal, puisque l'amour n'existe pas entre époux.
Comme conséquence d'une telle doctrine, une dame
1 Raynouard, Choix des poésies originales des troubadours, t. II, p. cviii. — Les cours d'amour florissaient dans toutes les provinces aux douzième, treizième et quatorzième siècles. Celle que présidait la comtesse de Champagne réunissait jusqu'à soixante dames les jours de cour plénière. Les chevaliers y plaidaient leur cause ou donnaient leur avis.
2 La Vie du temps des cours d'amour, par Antony Méray, p. 166.