XLII INTRODUCTION
pondre que les mœurs de la société chevaleresque autorisaient de semblables liaisons, et qu aux yeux d'un troubadour ou d'un trouvère, les liens de l'amour paraissaient beaucoup plus sacrés que ceux du mariage i. »
Ainsi s'explique et se justifie cette célèbre passion qui, de nos jours, semblerait indigne d'une âme vraiment honnête et délicate. Il n'était donc pas nécessaire, pour excuser Pétrarque, de le faire amoureux d'une Laure imaginaire ou célibataire.
Ce point éclairci, nous sommes à l'aise pour admirer notre poète. Il est vrai que sa passion pour Laure ne fut pas toujours éthérée dans le principe, et qu'elle ne l'a pas préservé de tout écart, puisqu'il fut deux fois père (V. le préambule de la série II). Mais ces défaillances, qui sont dans la nature humaine, — homines sumus, non dei*, — ne sauraient lui ôter notre estime. Il aima sincèrement et platoniquement Laure pendant trente et un ans : vingt et un ans vivante et dix ans morte. Une telle persévérance, une si profonde affection, se purifiant de plus en plus avec l'âge, donne une haute idée de son caractère et des mérites de son idole.
En résumé, l'amour de Pétrarque célibataire pour Laure mariée ne fut pas condamnable en son temps, comme il le serait aujourd'hui ; et cette longue et chaste adoration, consacrée par d'immortelles poésies, restera, malgré quelques taches, le type de l'amour le plus vrai, le plus noble, de l'amour immatériel.
* Pétrarque, Etude, p. xv ad notam.
2 Pétrone, ch. LXXV.