‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 35 sur 155 · JEU SUR LE NOM DE LAURETA · texte numérisé non relu

JEU SUR LE NOM DE LAURETA

Quand' in movo i sospiri a chiamar voi.

Quand avec les soupirs que ma voix vous adresse Votre nom de mon cœur sort amoureusement , A tresser des LAUrierspour votre front charmant La première syllabe engage ma tendresse.

Vos richesses de REine augmentent mon ivresse, Quand la seconde vient avec enchantement ,• Mais la troisième dit: TAis-toi, d'un pauvre amant Voudrait-elle jamais une seule caresse?

Ainsi votre doux nom et votre noble aspect, En inspirant V éloge , exigent le respect; Et chacun vous honore, ô dame vertueuse!

Mais peut-être parfois Apollon, dieu des vers, Des mortels célébrant ses lauriers toujours verts, Ecoute avec dédain la voix présomptueuse.

On a beaucoup critiqué ce puéril jeu de mots et les fréquentes allusions que l'on rencontre dans le Can^oniere à la similitude du nom de Laure avec celui du laurier. Ces critiques sont exagérées. On ne tient pas assez compte de l'esprit du temps et du goût méridional pour les locutions imagées. Lorsque, pour renverser Rienzi, le comte de Minorbino montait au Capitole avec les amis des Colonna, jouait-il puérilement sur le nom de cette famille illustre, en s' écriant : Vive la Colonne et meure le Tribun! Viva la Colonna e muoja il tribuno !

Cette manière de parler, quoique résultant d'un jeu de mots, ne dépare pas, il me semble, le début du sonnet X :

Gloriosa Colonna, in cui s' appoggia Nostra speran^a e 'l gran nome latino...

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