CONTRE LE VOILE DE LAURE
Lassare il vélo o per Sole o per ombra.
Vous ne soulevé^ plus (c'était trop de bonté l ) Le voile qui vous couvre au soleil comme à l'ombre, Depuis que vous ave\ lu dans mon regard sombre Un désir étouffant toute autre volonté.
Alors que je cachais dans mon cœur mieux dompté Mes penser s amoureux et mes rêves sans nombre, Le plaisir d'admirer vos traits sans nul encombre Comme insigne faveur ne me fut pas compté.
Plus de charmant visage, et plus de blonde tresse! Autant je fus heureux, ô trop chaste maîtresse, Autant vous m'afflige^ et m'inspire^ d'effroi.
Comment résisterais-je à cette double guerre? Le feu de vos beaux yeux me consumait naguère; Votre voile à présent me fait périr de froid.
Ce sonnet, auquel je donne un numéro bis, est la traduction de la première ballade.
« Il est certain, dit l'abbé de Sade, que les commencements de l'amour de Pétrarque ne furent pas heureux... Laure s'étant aperçue qu'il suivoit partout ses traces, prit le même soin à l'éviter qu'il prenoit à la chercher : lorsque par hazard elle se trouvoit avec lui dans un lieu public, s'il faisoit quelque mouvement pour l'aborder, elle fuyoit bien vite. Les regards enflammés qu'il jetoit quelquefois sur elle, la déterminèrent à ne paroître devant lui que couverte de son voile ; elle ne le quittoit plus au soleil, à l'ombre, et quelque temps qu'il fît. Si par un hazard fort rare, elle ne l'avoit pas sur le visage, elle se hâtoit de le prendre aussitôt qu'elle voyoit Pétrarque, ou elle se couvroit de sa main... Je ne sais si Pétrarque avoit raison de se plaindre de ces petites affectations de Laure et de les regarder comme des rigueurs. Tacite, en parlant de cette belle Poppée qui sçut toucher le cœur de Néron, remarque qu'elle avoit toujours un voile qui lui cachoit une partie du visage pour ne pas rassasier les regards, ou parce que cela lui alloit bien. » (Mera., I, p. 182.)