EN S ELOIGNANT DE LAURE
Io mi rivolgo indietro a ciascun passo.
En m' éloignant de vous, je regarde en arrière, Distrait à chaque pas par votre souvenir, Et sitôt que je sens mes forces revenir, J 'essaye , à contre- cœur, de suivre ma carrière.
Mais quand je songe à quoi nia servi ma prière. Quel doux bien j'ai perdu que je croyais tenir, Combien longue est la route et douteux l'avenir, Le désespoir m'arrête ainsi qu'une barrière.
Alors je me demande avec étonnement
Comment mon pauvre corps peut faire un mouvement
Sans l'esprit qui l'anime. Etrange phénomène !
Mais Amour me répond que l'imprudent mortel, Qui d'un feu vif et pur brûle sur son autel, N'est pas soumis aux lois de la nature humaine.
o Pétrarque étoit bien aise de parcourir la France et l'Allemagne, où il se flattoitde trouver plus qu'ailleurs de bons manuscrits des auteurs anciens qu'il cherchoit alors avec beaucoup d'empressement
« Il y a tout lieu de croire que Pétrarque n'auroit jamais pu se déterminer à quitter Avignon, s'il avoit été mieux traité de Laure ; mais on a vu qu'elle n'avoit pour lui que des rigueurs : il paroit même qu'il ne prit ce temps pour voyager, que parce qu'elle lui avoit défendu de la voir et de lui parler.
« Il partit au commencement de 1 333 ; mais à peine fut-il sorti d'Avignon, qu'il se repentoit déjà du parti qu'il avoit pris : sentant qu'il ne pouvoit vivre sans Laure, peu s'en fallut qu'il ne revînt sur ses pas; il en fut vivement tenté, s'il faut prendre à la lettre la façon dont il s'exprime dans ce sonnet. » (L'abbé de Sade, Mém., I, p. 201.)
IL SE COMPARE AU PÈLERIN CHERCHANT L'iMAGE DU CHRIST
Movesi 7 vecchierel cannto c biancu.
Il s'en va, chauve et blanc, le pauvre "pèlerin, Loin du lieu bien-aimé de son adolescence, Loin des nombreux parents qui pleurent son absence, Et lui-même, en son cœur, partage leur chagrin.
Mais de son long rosaire il compte chaque grain Pour éteindre, en priant, cette réminiscence \ // chemine, à pas lents, plein de reconnaissance Pour Dieu qui lui conserve un front calme et serein.
Puis il arrive au pied du trône de Saint-Pierre Pour contempler , avant de clore sa paupière, L'image de Celui qu'il verra dans les deux.
Madame, ainsi parfois je m'en vais en silence Cherchant de nobles traits à votre ressemblance, Quand les vôtres charmants sont voilés à mesyeux.
« Ce sonnet fait allusion à l'usage établi alors d'aller à Rome, de toutes les parties du monde chrétien, pour y voir l'image du Sauveur. On en montroit deux qui excitaient également la curiosité des Ames dévotes. L'une étoit le saint Suaire ou la Véronique, mouchoir qu'une femme juive jeta, dit-on, sur le visage de Jésus-Christ lorsqu'il portoit sa croix, pour essuyer le sang et la sueur dont il étoit couvert. Sa figure y demeura empreinte. L'autre étoit celle qui parut miraculeusement au haut de l'église de Saint-Jean de Latran, le jour qu'on célébra la dédicace de cette église, que l'empereur Constantin fit construire peu de temps après son baptême. Elle est en mosaïque. On assure que les incendies l'ont toujours respectée...
« On ne sçauroit approuver le parallèle qu'il fait dans ce sonnet, de l'image de Jésus-Christ avec celle de sa maîtresse. » {Mém., I, p. 204.)
Le bon abbé de Sade ajoute qu'il ne comprend pas que l'on n'ait pas été choqué de cette espèce de profanation. Cela peut s'expliquer cependant : la plupart des lecteurs ont vu là sans doute le parallèle de deux voyageurs et non de deux images.