CE QU II. EPROUVE EN PRESENCE DE LAURE ET A SON DEPART
Piovommi amare lagrime dal viso.
Mes pleurs coulent non moins que Veau d'une font aine Et mes brûlants soupirs courent comme le vent, S'il advient qu'entraîné par l'espoir décevant, J'embrasse du regard votre beauté hautaine.
Un sourire parfois, de nature incertaine , Apaise les désirs qui m'obsèdent souvent, Et mon trop long martyre est moins cruel qu'avant Si près de vous je rêve une ivresse lointaine.
Mais, hélas l de nouveau se glacent mes esprits, Quand je vois au départ tous mes vœux incompris Et vos beaux y eux fuyant ma morne solitude.
Mon âme alors s'élance et vole sur vos pas. Et de votre poursuite elle ne revient pas Sans de cuisants regrets mêlés d'inquiétude.
L'amant qui ne peut toucher le cœur de sa maîtresse est véritablement à plaindre. Il ne sait que faire; l'espoir l'abandonne. Tout l'inquiète et l'afflige. La présence et l'absence lui sont également pénibles. En toute occasion il souffre, il pleure. Et cependant il trouve quelque douceur à cette situation. Est quœdam flere voluptas. Ovide a raison : mieux vaut pleurer que d'être libre et de ne rien sentir. Desportes va plus loin quand il dit dans un de ses sonnets à Diane : Douce est la mort qui vient en bien aimant. Ce n'est pas une exagération poétique. Au moyen âge, combien de chevaliers s'exposaient à une mort glorieuse dans les batailles et dans les tournois pour plaire à la dame de leur pensée! De nos jours, au milieu de nos passions égoïstes, n'est-il pas encore de nobles cœurs qui luttent courageusement pour être aimés? N'en est-il pas qui meurent de désespoir s'ils ne peuvent réaliser leur rêve ? L'amour est le plus puissant mobile des belles âmes. Legouvé l'a dit dans un vers charmant : Notre gloire est souvent l'ouvrage d'un sourire.