‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 43 sur 155 · QUAND IL FUIT, LA PASSION LE POURSUIT · texte numérisé non relu

QUAND IL FUIT, LA PASSION LE POURSUIT

Quand' io son tntto volto in quclla parte.

Quand mon corps et mes yeux sont tournés du côté Où comme un astre d'or luit votre beau visage, Et que jusqu'à mon cœur se frayant un passage, Un rayon me consume: ô douce cruauté l

Moi qui crains que par vous il ne me soit ôté, Comme un fou je m'enfuis ou plutôt comme un sage Qui du sens de la vue aurait perdu l'usage, Et j'emporte avec moi cet éclair de beauté.

Ainsi je vous échappe et je garde la vie,

Mais non sans qu'il me reste une indicible envie

D'encourir de nouveau votre accueil rigoureux .

Je marche sans parler, comme au sein des ténèbres, Car si Von entendait mes paroles funèbres, Chacun voudrait pleurer sur mon sort malheureux.

« Pétrarque, tout impatience et tout flamme (Laurc ne se départant point de sa réserve, — soit que la jalousie de son mari lui inspirât cette contrainte, soit qu'une certaine insensibilité fût au fond de sa nature — ), il voit en elle une statue de marbre que lui, triste Pygmalion, est impuissant a réchauffer. A ces mines sévères, à cette implacable raideur, quelle attitude opposer? Il s'écoute gémir, déplore sa folle erreur, ses espérances déçues, tant de larmes inutilement versées, tant de peines pour ne rien obtenir ! Et l'infortuné, quelle récompense osait-il donc appeler de ses vœux? Où s'égaraient ses rêves, ses désirs? Entre elle et lui le mariage n'a-t-il pas creusé l'infranchissable obstacle? » (H. Blaze de Bury, Laure de Noves.)

Le mariage n'était pas un obstacle à l'amour idéal dont brûlait Pétrarque et qu'autorisaient les mœurs du temps. Faute d'avoir compris cet amour, M. Blaze de Bury s'est fourvoyé dans ses plaisanteries sur l'amant de Laure. Une passion de trente et un ans ne saurait être un jeu poétique. Pétrarque a d'ailleurs affirmé dans sa prose la sincérité de ses vers, comme nous le verrons maintes fois tout à l'heure, à commencer par le sonnet XXI.

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