A UN AMI
Amor piangeva, ai io con lui tal volta.
Amour pleurait, et moi, je pleurais la rupture Des chers nœuds par lesquels vous vous étie\ unis, Des méchants vous avaient Vun de Vautre bannis, Et votre âme isolée errait à l'aventure.
Maintenant que l'instinct de sa belle nature Lui fait vite oublier vos discords aplanis, Je vous en félicite et du cœur je bénis Le ciel qui vous aida dans cette conjoncture.
Lorsque vous reveniez à l'amoureuse vie, Si vous ave% trouvé sur la route suivie Des ronces, des ravins et des escarpements ,
Ce fut pour vous montrer qu'en ce monde où nous somm Il n'est pas de chemin qui conduise les hommes, Sans peine et sans obstacle, aux nobles sentiments .
Pétrarque félicite un ami de s'être réconcilié avec l'amour, qu'il considère comme le principe de tout bien moral. Plus tard, il expliqua dans ses Dialogues fictifs avec saint Augustin l'heureuse influence que ce sentiment avait exercée sur sa vie.
« C'est à Laure que je dois tout ce que je suis. Jamais je neserois parvenu à ce degré de réputation et de gloire où je me vois, si les sentiments qu'elle m'a inspirés n'avoient pas fait germer dans mon cœur les semences de vertu que la nature y avoit jetées. Elle m'a tiré des précipices, où l'ardeur de la jeunesse m'avoit entraîné. Enfin, elle m'a montré le chemin du ciel, et me sert de guide pour y arriver. C'est un effet de l'amour de transformer les amants, et de les rendre semblables à l'objet aimé. Quoi de plus vertueux que Laure! Quoi de plus parfait ! Dans une ville où l'on ne respecte rien, où il N n'y a rien de sacré, la calomnie a-t-elle osé mordre sur elle?... Enflammé du désir de jouir comme elle d'une grande réputation, j'ai forcé tous les obstacles qui s'y opposoient. A la fleur de mon âge je n'aimois qu'elle, je ne voulois plaire qu'à elle. Vous sçavez tout que j'ai fait, tout ce que j'ai souffert pour y parvenir. Je lui ai sacrifié les plaisirs pour lesquels je me sentois le plus d'attrait. » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 1 1 5.)