DEUXIEME SERIE
Jette série embrasse les années i334 à i338. En i334, Pétrarque va plusieurs fois à Vau~ cluse. En 1 33 5 le pape lui donne un canonicat à Lomhez. En 1 336, il fait avec son frère Gérard l'ascension du mont Ventoux, puis il part pour Rome et s'arrête au château de Capranica, chez le comte Orso d'Anguillara. En i33y il arrive à Rome, séjourne chez les Colonne, visite ensuite les Pyrénées et les côtes d'Espagne, revient en Provence au mois d'août, et, dégoûté d'Avignon, se fixe à Vaucluse. En i338, il accompagne le dauphin à Paris.
C'est pendant cette période que Pétrarque recueillit le premier fruit de ces amours cachées, auxquelles j'ai fait allusion dans le sonnet qui suit la préface. Il devint père en t 33y, et le fut encore une fois quelques années plus tard.
Ce côté mystérieux de la vie de Pétrarque était ignore avant l'abbé de Sade. Mais cet auteur, étudiant à fond les actes et les écrits de l'amant de Laure, ne pouvait garder le silence sur ce point.
« Je crois devoir, dit-il, révéler un mystère qui a été jusqu'à présent couvert d'un voile si épais, qu'aucun de ses historiens et de ses commentateurs n'a pu le percer.
« Persuadé sans doute qu'une petite diversion est le moyen le plus sûr pour modérer du moins la violence d'une passion dont on est tourmenté, Pétrarque eut une maîtresse qui ne le traita pas avec
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tant de rigueur que Laure, puisqu'elle lui donna un tils au commencement de 1337... Il eut quelques années après une tille. . .
« Comment concilier cela avec cette grande passion pour Laure, qui lui faisoit envisager avec dédain tout ce qui n'étoit pas elle? Il semble que ses exhortations, son exemple, le désir que Pétrarque avoit de lui plaire auraient dû suffire pour réprimer les mouvements de la nature. Mais la nature lui parloit si impérieusement, il étoit environné de tant d'écueils, traité avec tant de rigueur par l'objet de sa passion, que je crois qu'il mérite un peu d'indulgence.
« Qui sçait même s'il ne faut pas attribuer ces deux chutes, les seules qu'on puisse lui reprocher, aux efforts qu'il faisoit de temps en temps pour secouer un joug qui lui paroissoit trop pesant? » (Mém., I, 3i3.)
Les contemporains de Pétrarque, qui n'ignoraient pas ses fautes, les lui ont pardonnées en faveur de ses grandes qualités; ils ont été touchés d'ailleurs de son profond repentir et de la violence qu'il s'est faite pour vivre avec chasteté dès l'âge de quarante ans. Le pape lui-même accorda, le 9 septembre 1347, des lettres de légitimation pour son fils. L'abbé de Sade devait-il être plus rigoureux? Quiconque connaît le cœur humain ne saurait lui en vouloir de son appréciation bénigne.
Pétrarque perdit son fils, nommé Jean, à l'âge de vingt-quatre ans, et il pleura beaucoup, en 1 368, son cher petit Franceschino, enfant de deux ans et quatre mois, que sa fille Françoise avait eu de son mariage avec François de Brossano,