‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 51 sur 155 · IL DÉSESPÈRE DE GUERIR DE SA FOLLE PASSION · texte numérisé non relu

IL DÉSESPÈRE DE GUERIR DE SA FOLLE PASSION

Quanto più m' avvicino al giorno estremo.

Plus j'approche du jour que craignent les humains, Tant ils sont attachés à ce monde insipide, Plus je vois fuir le temps d'un pied leste et rapide Et l'espoir échapper de mes fiévreuses mains.

Je dis à mes pensers : prene\ d'autres chemins, Car celui de l'amour rend mon esprit stupide; C'est un ravin creusé par une onde intrépide, Qui ne laisse pousser ni roses ni jasmins.

Plus d'amour et mon cœur n'aura plus de souffrance, Plus de pleurs, plus de rire et défausse espérance ! Et je pourrai sentir le calme au fond de moi!

Le péril du passé me sera profitable : Je saurai désormais que le bien véritable Est de fermer son âme à tout sensible émoi:

Pétrarque semble avoir écrit ce sonnet sous l'influence de la maladie de Laure et du tiéau dont j'ai parlé dans la note précédente. L'idée de la mort et l'incertitude de l'avenir le remplissaient de trouble, u 11 voyoit toute la misère de son état, dit l'abbé de Sade, il formoit les plus belles résolutions pour en sortir; mais elles n'aboutissoient à rien; l'amour l'emportoit toujours.

« Dans une situation si triste et si critique, il eut recours à un religieux augustin, nommé Denis de Robertis, né au bourg Saint-Sépulcre, près de Florence, qui passoit pour un esprit universel : en effet, il étoit orateur, poète, philosophe, théologien, prédicateur et même astrologue.

« Le père Denis lui dit tout ce qu'un habile directeur peut dire à un jeune homme, pour le guérir d'une' passion qui le tyrannise : Pétrarque promit tout ce qu'on voulut... Mais qui est-ce qui ne sçait pas qu'un coup d'œil d'une maîtresse suffit souvent pour détruire l'ouvrage de plusieurs années du plus habile directeur? » (Mém., I, p. 232.)

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