LAURE MALADE LUI APPARAIT EN SONGE ET LE RASSURE
Già flamme ggiava V amorosa Stella.
Vénus faisait pâlir l'étoile nébuleuse; Et celle que j'appelle y à défaut de son nom, La rivale en clarté de la belle Junon, Nous envoyait du nord sa lumière frileuse.
Mi-vêtue et pieds nus quelque vieille fileuse Commençait à tourner son fuseau de linon j Et les jeunes amants sentaient, heureux ou non, Les rêves les bercer sur leur couche moelleuse ;
Lorsqu'à mes yeux parut ou plutôt à mon cœur, Car mes yeux étaient clos par le soleil vainqueur, Celle en qui j'ai placé tout l'espoir de ma vie.
Oh! comme elle était belle en sa triste pâleur! Sa voix semblait me dire : Allons! moins de douleur j Laure n'est pas encore à tes regards ravie.
l'I.NDANT I.A \li: !)!•: LAURE. 63
Voici le commentaire de l'abbé de Sade:
a Laure fut très-mal; mais elle ne mourut pas. Pétrarque célébra sa convalescence par un sonnet aussi naturel et aussi simple que le premier (le XXIV) est alambiqué. On a peine à comprendre qu'ils viennent tous les deux de la même source.
« A la description du matin, contenue dans les premiers vers, Pétrarque ajoute une image que j'ai supprimée, parce qu'elle ne m'a pas paru assez noble : La vieille qui s'étoit levée pour filer avoit allumé son feu; mais elle n'étoit pas encore chaussée et n' avoit pas pris sa ceinture. » (Mém., I, p. 238.)
L'abbé de Sade a joint à la plupart des sonnets qu'il cite en italien une très-médiocre traduction en vers, qui n'a aucune prétention à la forme du sonnet. C'est dans cette traduction qu'il a supprimé l'image de Isc vieille filandière comme indigne de la poésie. Je n'ai pas été aussi scrupuleux. Je ne crois pas que ma vieille fileuse dépare mon sonnet.