CONTRE LE MIROIR DE LAURE
// mio avversario, in cui veder solete.
Ce miroir ennemi, dans lequel vous voye% Un visage et des yeux que tout le monde estime, Vous inspire, Madame, un amour légitime Pour les charmes divers à ma perte employés.
C'est selon son conseil que vous me renvoyé^, De peur que je devienne un voisin trop intime. Mérité-je, en effet, moi, votre humble victime, D'habiter aussi près de vos nobles foyers?
Mais puisqu'à vous m'unit une chaîne durable, Doit-il, en vous rendant à vous-même adorable, Vous laisser sans pitié pour ma longue douleur?
Rappelez-vous Narcisse épris de son image : Son sort sera le vôtre; et pourtant, quel dommage De voir tomber sur l'herbe une si belle fleur l
« Peut-on s'empêcher de concevoir du mépris pour les hommes, quand on voit Laure même en butte à la jalousie d'un mari, et à des procédés injustes?... Il falloit que Hugues de Sade ne fût pas bien amoureux d'elle, puisqu'il fut si peu touché de sa mort, qu'il n'attendit pas la fin de l'année de son deuil pour se remarier. C'est un fait certain qui ne lui fait pas honneur, et que la vérité de l'histoire ne me permet pas de cacher. J'espère que sa famille ne s'en offensera pas. Elle peut dire pour la justification du mari de Laure, que s'étant si bien trouvé de sa première femme, il ne pouvoit trop se hâter d'en prendre une seconde, dans l'espérance d'être aussi heureux.
« Mais que dira-t-on, ajoute en plaisantant l'abbé de Sade, lorsqu'on entendra Pétrarque se plaindre d'un amant préféré, et faire des imprécations contre lui? Plus convaincu que personne de la vertu de Laure, je ne puis dissimuler cependant que Pétrarque avoit quelque raison de se plaindre. Il la surprit un jour visà-vis de ce rival heureux qu'elle regardoit avec complaisance. Le dépit lui dicta ce sonnet et le suivant. » (Mem., II, p. 483.) .