‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 64 sur 155 · IL SE RESOUT A REVOIR LES BEAUX YEUX SANS LESQUELS IL NE PEUT VIVRE · texte numérisé non relu

IL SE RESOUT A REVOIR LES BEAUX YEUX SANS LESQUELS IL NE PEUT VIVRE

Io seniia dentr' al cor già venir me no.

Déj assemblaient en moi s'éteindre les esprits Qui reçoivent de vous le feu qui les anime $ Mais à la vie on tient d'un instinct longanime. Sur le point de la perdre on en sent tout le prix.

Enfin, brisant le joug, mon désir a repris Le chemin qu'oubliait mon cœur pusillanime Et dont le détournait mon orgueil magnanime $ Car j'aimais mieux la mort que subir le mépris.

Il m'a donc entraîné, tardif et plein de honte,

Moi, presque l'ennemi du culte d'Amathonte,

A revoir les beaux y eux que je crains d'offenser.

Qu'un seul de vos regards au fond de moi pénètre! Je vivrai, tant ils ont de pouvoir sur mon être ! Mais sans cette faveur je n'ai qu'à trépasser.

« Quand Pétrarque, dit l'abbé de Sade, avoit passé quelques jours sans voir Laure, il sentoit un désir violent d'aller la chercher dans les endroits où il avoit coutume de la voir, et il n'y pouvoit pas résister : elle de son côté, lui faisoit alors meilleure mine qu a l'ordinaire, par la crainte qu'elle avoit de le perdre. Ce sonnet le prouve. » (Afem., I, p. 295.)

Cette dernière réflexion est confirmée parles paroles que Pétrarque prête à sa maîtresse dans son Triomphe de la Mort. Laure lui dit :

« Ce que j'ai laissé voir de moi et ce que j'en ai tenu caché dans mon âme, ce fut là ce qui maintes fois t'a ramené et arrêté, comme fait le frein du cheval qui s'emporte.

« Plus de mille fois la colère s'est peinte sur mon visage, tandis que mon cœur brûlait d'amour : mais jamais en moi le désir n'a triomphé de la raison.

a Ensuite, quand je t'ai vaincu par la douleur, j'ai ramené vers toi mes yeux remplis alors de suaves regards, sauvant à la fois ta vie et notre honneur, a — Traduction du comte de Gramont, p. 290.

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